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L’ONU et la Shoah

par le Professeur David Ruzié *

mardi 25 janvier 2005
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On a souligné à juste titre le caractère tout à fait exceptionnel de la décision prise, le 19 janvier, par 148 Etats - sur les 191 que compte l’ONU - de tenir une session extraordinaire - la 28ème du genre, mais la première pour commémorer un événement - afin de rappeler le 60ème anniversaire de la libération des camps nazis.

Il s’agissait, en l’occurrence, d’une proposition du gouvernement israélien.

D’habitude l’ONU se réunit plutôt - en session extraordinaire d’urgence - pour condamner Israël.

Cette fois, les Etats arabes, qui disposent, pratiquement, d’une majorité de soutien automatique n’ont donc pas réussi à faire barrage à une proposition israélienne.

Cette proposition risquait toutefois d’apporter de l’ « eau au moulin » de ceux qui prétendent que si, en 1947, la société internationale a voulu se faire pardonner l’abandon des Juifs à la barbarie nazie en créant un Etat susceptible de les accueillir, ce n’était pas une raison de « dépouiller », pour ce faire, les Palestiniens de la terre qui leur appartenait.

Or, il est bien évident, que si la Shoah a été un fait déterminant pour la création de l’Etat d’Israël, cette création s’inscrivait dans le droit fil de la réalisation du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, reconnu par la Charte de San Francisco.

Le sionisme ne fut, en quelque sorte, que le précurseur, bien avant le nazisme, des mouvements de libération nationale, qui contribuèrent, après la seconde guerre mondiale, à la décolonisation.

D’autre part - et surtout - on ne peut, de bonne foi, pas évoquer une « injustice » commise à l’égard du peuple palestinien alors que, d’une part il n’existait pas en tant que tel à l’époque, et que, de toute façon, il se vit reconnaître, par le plan de partage de 1947, le droit à un territoire, au même titre que les Juifs, qui entendaient créer leur Etat.

A cet égard, on ne peut que féliciter - si besoin était - Elie Wiesel, qui a pris la parole au cours de cette session, tenue le 24 janvier, pour avoir bien situé la responsabilité de la communauté internationale sans évoquer, pour autant, le lien existant entre la création de l’Etat d’Israël et la Shoah.

D’après le résumé publié sur Proche-Orient.info, ( À l’ONU, pour la première fois, une session extraordinaire sur la Shoah par PASCALE ZONSZAIN) le prix Nobel de la paix 1986, lui-même rescapé des camps de la mort, a souligné l’ « indifférence honteuse » des nations occidentales qui « auraient pu empêcher, ou au moins diminuer, l’horreur de la Shoah, en intervenant après l’invasion par Hitler de la Tchécoslovaquie et de l’Autriche, en accueillant les réfugiés, en autorisant les juifs à immigrer en Palestine ou encore en bombardant les lignes de chemins de fer ».

La création de l’Etat d’Israël n’était pas une réparation, mais la reconnaissance d’un droit, admis, dès la Déclaration Balfour en 1917, mais oublié par la suite.

On ne s’empêchera, cependant pas, de regretter que cette commémoration de ce qui fut effectivement un génocide, au sens propre du terme, risque d’occulter la spécificité du génocide du peuple juif (et de celui des tziganes) voulu par les nazis, en banalisant la notion même de génocide.

En effet, même Elie Wiesel a évoqué « les génocides du Cambodge et du Rwanda », tandis que le Secrétaire général de l’ONU parlait également d’un génocide dans l’ex-Yougoslavie.

Incontestablement, les horreurs commises dans ces pays, y compris ce qui se passe au Darfour, comme l’a rappelé Elie Wiesel, constituent des crimes contre l’humanité.

Rappelons que d’après le statut du Tribunal militaire international, qui servit de base au procès de Nuremberg des principaux chefs nazis, cette nouvelle incrimination, née après les horreurs de la seconde guerre mondiale, vise les atrocités et autres actes inhumains contre les populations civiles ainsi que les persécutions pour des motifs politiques, raciaux et religieux .

Or, s’agissant des Juifs et des Tziganes, la volonté de Hitler était d’éradiquer en quelque sorte ces deux peuples de la surface de la terre, d’où la politique d’anéantissement poursuivie à l’échelle de l’Europe, en attendant, sans doute, d’atteindre la planète tout entière.

Un génocide est, certes, un crime contre l’humanité, mais de nature particulière.

Les Juifs rescapés des persécutions nazies n’ont pas engagé, comme c’est encore le cas de certaines populations victimes de crimes contre l’humanité, d’actions de représailles.

Des atrocités commises, dans le cadre de guerres civiles, comme au Cambodge, il y a quelques années, ou actuellement au Darfour, sont horribles et condamnables, mais ne constituent pas des génocides.

« La valise ou le cercueil » est un slogan abject que nous avons, certes, connu, à la fin de la guerre d’Algérie, mais ce n’était pas un slogan génocidaire, pour aussi condamnable qu’il soit.

Gardons aux mots leur vraie signification.

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  • David Ruzié, professeur émérite des universités, spécialiste de droit international

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