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Abbas : sur une passerelle étroite

Par Sami El Soudi © Metula News Agency

mardi 18 janvier 2005
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L’attaque contre le point de passage de Karni, perpétrée jeudi dernier par le Hamas avec le soutien des Brigades Yasser Arafat (anciennement Brigades des Martyrs d’Al-Aksa), et qui a coûté la vie à six Israéliens, dont deux Arabes israéliens, s’inscrit dans la dynamique que Stéphane Juffa et moi-même avions annoncée dans nos articles précédents.

Il est clair que ces événements revêtent à la fois des imbrications tactiques et stratégiques. A nous, cependant, de ne pas nous limiter à observer ces aspects en passant outre la tragédie humaine. Je voudrais que les lecteurs de la Ména sachent que j’éprouve une souffrance indescriptible à l’annonce de la perte de ces existences innocentes et que j’implore la destinée pour que la jeune fille de 15 ans et son frère, atteints en fin de semaine dernière par un Qassam à Sdéroth et traités aux soins intensifs à l’hôpital de Beersheva, recouvrent le plus prestement possible toutes leurs facultés.

C’est exactement la même peine qui me tenaille, lorsque je pense à mes frères innocents qui tombent souvent dans les camps de la bande de Gaza. S’il est une différence que nous ne faisons pas à la Ména, et c’est ce qui me permet de m’y sentir aussi à mon aise, c’est la différence du sang. Ceci dit, il m’incombe, comme à toute personne sensée, me semble-t-il, de distinguer entre les causes et les effets et de ne pas présenter les choses comme s’il s’agissait soit de décrire un brouillard indescriptible, soit d’attribuer les pertes de vies humaines à la fatalité.

Il y a, d’un côté, en Israël et en Palestine, les forces agissant pour préserver les chances de parvenir à une solution négociée préconisant deux Etats distincts pour deux peuples différents, et ces forces tentent, dans un premier temps, de mettre un terme à l’effusion de sang ; et il y a le camp de la terreur. Quiconque ne fait pas cette distinction, s’inscrit en allié des terroristes et porte une part de responsabilité dans le flot du sang innocent qui continue de couler.

Lorsque le département des affaires étrangères du Hamas, à Damas, annonce qu’il « exclut l’éventualité que son organisation accepte un cessez-le-feu avec Israël », prenant le soin d’ajouter que ’’la question n’est pas à débattre, la résistance n’est pas le monopole du Hamas c’est le choix stratégique du peuple palestinien’’ et de préciser que « le Hamas n’accepte même pas le principe de la paix avec Israël sur les bases du partage de 1948 », il me semble qu’il a tout dit. Ce communiqué recèle trois messages à l’intention du nouveau président élu de l’Autorité Palestinienne :

1. Nous n’avons rien à faire du choix démocratique exprimé par le peuple palestinien. Ce n’est pas vous qui fixez ses choix stratégiques, c’est nous !

2. Nous rejetons et nous combattrons votre projet de conclure la paix avec les Juifs, et ce, quelles que soient les frontières de leur Etat.

3. Inutile de venir discuter avec nous mercredi à Gaza, comme vous en avez exprimé l’intention, « la question d’un cessez-le-feu n’est pas à débattre ».

En parallèle à ces refus, à leur signification dominante pour le projet politique de Mahmoud Abbas, le Hamas et ses alliés terroristes accompagnent leur verbe d’un triple choix tactique sur le terrain. Il s’agit pour eux de poursuivre les tirs sur les agglomérations situées en Israël, sur les implantations israéliennes de la bande de Gaza, qui doivent être évacuées durant l’été, ainsi que sur les points de passage, par lesquels transite la totalité des vivres, des médicaments et des autres marchandises. Les Israéliens, faut-il le rappeler, peuvent vivre très confortablement sans Karni et sans Erez, mais pas les Palestiniens.

Avec quoi riment ces choix éminemment suicidaires, effectués à la base, sans l’ombre d’un doute, par la junte syrienne, avec le consentement des Iraniens ? Suicidaires, car, comme l’a répété Colin Powell au micro de Radio America : « Les terroristes ne vont pas détruire Israël. Le terrorisme ne va rien accomplir, tout comme il n’a rien accompli jusqu’à présent ».

Eh bien ! Chez les al-Assad comme au pays heureux des Ayatollahs, on a bien compris que le destin de la paix se jouait à Gaza et dans les très prochaines semaines ; que Sharon et Abbas se mettent d’accord pour un retrait coordonné de Gaza, que le chef de l’AP parvienne à « prendre le contrôle de ces terroristes », comme le préconise Powell, et la région se verra garantir un nouveau processus de paix, appelé à se dérouler dans des conditions propices et civilisées. Si, au contraire, l’Axe du mal, par ses terroristes interposés, parvient, de par leurs crimes, à empêcher les deux hommes de s’entendre, voire à faire annuler la fragile décision du Premier ministre hébreu relative au retrait israélien de Gaza, il aura réalisé deux de ses objectifs immédiats. D’une part, si l’on ne s’entend pas sur Gaza, il n’existe pas de raison stratégique de s’entendre sur autre chose ; la Carte Routière resterait sur l’étagère, de même que la création d’un Etat palestinien et, partant, la conclusion d’un accord de paix. Or, un accord de paix israélo-palestinien rendrait obsolètes les deux derniers régimes arabes du front refus et les condamnerait pratiquement à disparaître. D’autre part, si le terrorisme l’emportait sur le compromis pacifique, le Hamas demeurerait en place, instrumental et armé, et continuerait à constituer un allié prépondérant pour Damas et Téhéran, au moment où leurs alliés se font de plus en plus rares.

Voici pour l’enjeu. Tout le monde ici sait que le gouvernement israélien a prévu, en cas de reprise du dialogue, en plus de remettre Gaza à l’autorité d’Abou Mazen, de libérer un nombre significatif de prisonniers et de lui livrer les six villes les plus importantes de la Cisjordanie. Mais pour ce faire, pour jouer complètement la carte Abbas, comme Sharon le désire, le président du conseil israélien exige le désarmement de toutes les organisations terroristes. Il est d’ailleurs suivi dans cette attente par l’ensemble du monde civilisé, qui a fini par saisir que le processus de paix ne pourrait aboutir si, simultanément, se poursuivent les actions systématiques de personnes armées contre les civils israéliens.

Du reste, le témoignage de M. Powell sur Radio America vient donner foi aux révélations antérieures que je vous avais faites : Mahmoud Abbas sait pertinemment qu’il n’a pas d’autre choix que celui de neutraliser le Hamas. Colin Powell l’exprime en ces termes : « Abou Mazen, que je connais très bien, sait parfaitement, et nous en avons parlé à de nombreuses reprises, qu’il doit prendre le contrôle de ces terroristes ».

Oui, mais le peut-il ? La seule façon de le savoir vraiment, c’est de le voir à l’œuvre. Il ne s’agit en effet pas de constater le rapport de forces théorique, qui donne un avantage très net à l’Autorité Palestinienne sur les terroristes. Il faut encore et absolument vérifier comment les « policiers » d’Abbas réagiront, lorsqu’il s’agira de mettre au pas d’autres Palestiniens, que la communauté palestinienne, sous Yasser Arafat, traitait en héros et en martyrs pour toute action qu’ils entreprenaient contre Israël. Pour l’instant, et il faut avoir l’humilité lucide de le constater, la réorganisation du système sécuritaire palestinien ressemble à un grand chantier, dans lequel il est impossible de savoir sur qui on peut effectivement compter. Le pouvoir central est encore faible, et il a plus besoin de ses « soldats » que ses soldats n’ont besoin de lui. Il y existe encore une multitude de petits chefs, dans la fragmentation babélienne voulue par Arafat, à penser que le double discours est toujours de mise et que l’objectif final demeure l’éradication d’Israël, dût-elle passer par l’élimination de jeunes filles de 15 ans et par le sabotage des uniques artères nourricières des 1.3 millions de Gazatis. C’est d’ailleurs avec la complicité de personnes de ce genre, qu’a été commis l’assassinat collectif de Karni. Pis encore, l’enquête indique que c’est d’une base de la Sécurité Préventive qu’est partie l’opération-suicide ; la Sécurité Préventive, l’unité d’élite de l’Autorité Palestinienne ,commandée officiellement par Rachid Abou Shabak, composée en fait des hommes de Mohammed Dahlan, le Monsieur sécurité d’Abou Mazen.

Encore ne faut-il pas tout mélanger et jouer, par ignorance ou par intérêt, à questionner les intentions de tout le monde. Je connais personnellement suffisamment bien Dahlan, pour vous assurer que s’il y a une personne, en Palestine, qui désire en découdre avec les terroristes c’est bien lui. Sa détermination en ce sens lui avait valu de se retrouver au mauvais bout du revolver de Yasser Arafat, lorsqu’il avait osé avertir le raïs qu’il fallait œuvrer sans ménagement et sans délai contre les terroristes. Quant à ceux qui imaginent, à haute voix, que Mahmoud Abbas serait un Arafat en costume, qui garderait une sympathie inavouable pour les terroristes et pour le projet d’extermination d’Israël, permettez-moi de leur dire qu’ils parlent sans savoir et qu’ils n’ont d’autres objectifs que celui de se rendre intéressants ou de torpiller toutes les dynamiques pouvant aboutir à une paix négociée.

L’attentat de Karni aura démontré qu’en l’état, le dispositif sécuritaire n’était pas fiable. Mais c’est peut-être également sa trop longue inaction qui l’a rendu friable et perméable à toutes sortes d’influences. Ce matin, le président de l’Autorité Palestinienne, Mahmoud Abbas, a décidé de déployer nos forces de police aux alentours des points d’accès à la bande de Gaza, afin d’y prévenir toute nouvelle attaque anti-israélienne. Hier, le Comité exécutif de l’OLP, l’instance représentative suprême de notre peuple, appelait à la cessation de toutes les opérations militaires contre Israël, expliquant qu’elles sabotaient à la fois « la stabilité palestinienne et l’application de la Carte Routière ». Abou Shabak, celui dont les hommes ont failli jeudi, a renchéri, affirmant « que l’Autorité palestinienne ne permettra à personne de porter atteinte à l’avenir du peuple palestinien, par son comportement irresponsable. Si les négociations avec les factions armées n’aboutissent pas, l’AP n’hésitera pas à s’imposer dans les villes palestiniennes ».

Après-demain, Abou Mazen va en effet demander aux chefs terroristes qui voudront bien le rencontrer à Gaza de remettre leurs armes volontairement à l’Autorité et de se muer en forces d’expression uniquement politique. Il leur avait déjà présenté cette exigence lors de son voyage dans la capitale syrienne. En cas de refus de leur part, il n’aurait d’autre option que celle de faire parler la poudre. Car, dans tous les autres cas de figure, ce sera l’armée israélienne qui se chargerait de faire le ménage. En début d’après-midi, le ministère de la défense des Hébreux a d’ailleurs rendu publique cette hypothèse : elle prépare une sorte d’opération « Rempart à Gaza » - du nom de l’opération qui avait décapité le terrorisme en Cisjordanie - dans le cas où nous ne nous chargeons pas de désarmer le Hamas et ses alliés. Les Israéliens ont donné à Abbas jusqu’à la fin de cette semaine pour commencer à agir.

Certains politiciens, à Ramallah, pensent qu’il peut s’agir d’une bonne idée de laisser les Israéliens faire à nouveau le sale boulot à notre place et de conserver les mains propres du sang d’autres Palestiniens. Ce me semble une bien mauvaise analyse : si Tsahal fait le travail à Gaza, Sharon ne nous traitera pas en interlocuteurs responsables. Ce pourrait être la fin des 100 jours de grâce d’Abou Mazen, face à Israël et face à la communauté internationale, et le début de son isolation… à la Moukata de Ramallah. Et nous avec lui, à attendre une autre interminable éternité le temps d’obtenir notre pays et de pouvoir enfin commencer à vivre en paix. A vivre.


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