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Chronique de Michaël Bar-Zvi du Yod Tet Kislev 5772

mercredi 14 décembre 2011
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Boker Tov amis auditeurs de radio J, la rhétorique, comme la logique est une des disciplines que l’on apprend lorsque l’on étudie la philosophie. Cet art subtil consiste à identifier et à définir les figures de style utilisées dans le discours privé et public. Plus les situations humaines, personnelles ou collectives sont complexes, plus nous avons recours, volontairement ou involontairement à la rhétorique pour désigner, justifier, ou expliquer nos actes et la réalité qui nous entoure.

Lorsque l’utilisation d’un procédé rhétorique est volontaire, on apprécie parfois l’ingéniosité et la finesse du locuteur, mais lorsqu’une personne en use involontairement ou comme on dit « à l’insu de son plein gré », c’est plus inquiétant pour la clairvoyance, surtout s’il s’agit d’une réalité politique.

Or je ne sais pas si vous avez remarqué, que ces derniers temps les experts, les commentateurs et les journalistes sont devenus de lourds consommateurs, on pourrait même dire des accros, de la magnifique figure rhétorique nommée l’oxymore, dont raffolait Arthur Rimbaud, qui se définit ainsi : rapprochement de deux termes que tout devrait éloigner. On se souvient de la « tendresse bestiale » dans le poème Parade ou du « silence atrocement houleux » dans Angoisse, ou encore du festina lente, hâte-toi lentement en italien, repris par La Fontaine dans Le lièvre et la tortue.

Je voudrais donc qu’on m’explique ce que signifie « l’islamisme modéré » autrement que par un autre oxymore du genre « une réalité virtuelle » ou un plat « aigre-doux » préparé sur des « flammes glaciales ». Comme l’écrivait Racine dans Britannicus, ces gens « s’instruisent dans l’ignorance ». Je voudrais donc qu’on me dise où ça existe l’islamisme modéré, à Gaza entre le Hamas et le Djihad islamique, en Egypte entre les Frères musulmans et le parti El Nour, ou en Iran entre Ahmadinejdad et Ali Khamenaï ? Pour aider au vaste projet du progrès de l’inculture je propose à ces Intouchables du savoir de méditer le plus bel oxymore de la langue française dans le Cid de Corneille, Acte IV-Scène 3

"Cette obscure clarté qui monte des étoiles
Enfin avec le flux nous fait voir trente voiles
L’onde s’enfle dessous, et d’un commun effort
Les Maures et la mer montent jusques au port"

Rien ne vaut les grands classiques pour se remettre les idées en place, mais je crains malheureusement que ces lignes éloquentes ne rencontrent l’oxymore d’Albert Camus dans La chute, « un silence assourdissant ».


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