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Les nuées ardentes

Montségur

mercredi 24 novembre 2004
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L’on ne dira jamais assez combien ce siècle débutant a besoin de résistants.
Il n’est pas dans mes habitudes d’emprunter le corps d’un texte à d’autres auteurs. Ecrire de soi-même et projeter sur la virginité du papier ses élans intimes à destination du lecteur ou de la lectrice est un acte suffisamment empli de sensualité pour ne pas y renoncer facilement.

Cependant il y a là une leçon à tirer, héritée du passé, que d’autres avant nous ont suivi les chemins épineux de la pensée non conforme. Une leçon à tirer et un témoignage.

Des temps que nous vivons, de la prédilection du public à l’apathie complaisante, de la trahison des nouveaux clercs, ces élites bien pensantes, tout a déjà été dit, en d’autres temps et en d’autres circonstances.

Certes, les éléments de l’environnement extérieur ont-ils pu être modifiés, quoique sur ce sujet il serait également intéressant de revisiter la mémoire du vingtième siècle (ou déjà dans les années 1920 certains des acteurs du panislamisme sévissaient à Berlin - mais nous aurons l’occasion de revenir sur ce sujet) ; pour autant, et quoique le Monde ait évolué dans ses frontières physiques, je tire le constat qu’il n’en fut pas de même pour l’individu, si tant est que celui-ci se pense encore comme tel, tant il paraît dilué dans la pensée compacte, globale, du bien être collectif. Même si, pour atteindre cet état de félicité, l’oubli de soi-même au profit de la conscience de l’autre, seraient nécessaires et des sacrifices et des renoncements.

Entendons-nous bien, la conscience de l’autre est un élément positif pour peu que celui-ci interagisse et accompagne le mouvement et la dynamique de l’échange. Marcher ensemble a de tous temps été la devise de la République. La conscience de l’autre que je conteste aujourd’hui est cet appel à effacer et renier ses propres composantes, d’autres diraient ses valeurs, au bénéfice de mécanismes de pensée et de codes moraux dans leur essence archaïques.

Pour autant, s’agirait-il là d’une nouvelle querelle entre anciens et modernes ? Précisons bien que je parle d’archaïsme et non d’anciens. Sous l’antiquité, la liberté d’être et de penser, de se penser avant tout, existait. L’archaïque, sur le plan de la psychanalyse, renvoie au terme par lequel on peut qualifier un aspect de la psyché déjà organisé dans le passé le plus reculé qui puisse se concevoir, par opposition à une organisation nouvelle ou plus évoluée. En ce qui concerne le fonctionnement magique de la pensée Freud considère les résurgences d’un ancien mode de communication de type télépathique qui a cours dans les communautés d’insectes et qui peut encore être actualisé dans les foules. J’ajouterais, et l’on verra plus loin le lien, que pour peu qu’un support moderne à destination des foules, soit utilisé dans un dessein de régression vers l’archaïsme, nous demeurons dans l’actualité.

Le moment est venu de convoquer le premier témoin.

Emmanuel MOUNIER - extrait - Pour un temps d’apocalypse - Année 1950

Le grand raz de marée de la barbarie est à nos portes - écrivait Nietzche en 1873. On l’attendait traditionnellement, en Europe, de l’Orient. L’habitude n’est pas perdue. Mais l’Orient n’a jamais déferlé que sur une Europe décomposée. Le grand raz de marée de la barbarie est dans nos cœurs, vides, dans nos têtes, perdues, dans nos œuvres, incohérentes, dans nos actes, stupides à force de courte vue. Ne nous plaignons pas, demain, des Barbares,

si aujourd’hui nous acceptons notre démission même. Je vois partout des jeunes européens qui n’ont plus qu’une pensée, une volonté : franchir un océan quelconque, et oublier ces patries européennes dont ils sont déjà détachés. Ce sont parfois les meilleurs, les plus hardis. Je vois des sociétés qui se décomposent, qui se couvrent de scandales comme par une maladie de carence, et ceux qui les dénoncent le plus fort sont ceux mêmes qui depuis plus de cent ans sont les Maîtres de ces sociétés, semblables à ces parents qui s’indigent des vices de leurs enfants, dont ils sont les premiers responsables. Je vois naître de partout ce quatrième parti qui se couvre des noms les plus ternes : les abstentionnistes, l’homme quelconque, - et qui n’est qu’une nouvelle maladie sur ce corps fatigué , le parti de ceux qui ne croient plus à rien, qui ne veulent plus rien, et qui se laissent aller à leur bonne conscience de mécontents alors qu’ils abandonnent le navire en pleine détresse. Nos maux sont multiples et accablants, j’en conviens. Mais ils sont précis et localisables. De nombreux docteurs les ont déjà décrits et cernés de toutes façons possibles, de nombreuses bonnes volontés, n’est-il pas vrai sont - non pas seraient au conditionnel -, prêtes à les affronter. Il n’y manque que la volonté. Il est plus facile de parler d’Apocalypse et d’interroger les livres occultes que de s’avouer, personnellement, fauteur de désordre. Nous avons usé tous les alibis du monde, les jésuites et les francs-maçons, le komintern et la D.G.E.R , l’insuffisance des pluies estivales et le protocole des Sages de Sion. L’Apocalypse est sur les rangs pour nous détourner encore d’entreprendre, devant le mal de l’Europe, les mesures de salut public .


Minutes de la haine .

Pour ce qui ressort du domaine et de l’autorité de salut public, je serais tenté de dire de salubrité publique, partant de paix civile, ces derniers jours auront vu l’abandon, de la part du CSA, des principes qui prévalent en la matière. Dans l’autorisation d’émettre de la chaîne du Hezbollah, Al Manar, dont la ligne éditoriale clairement antisémite n’est plus à démontrer, dans l’empressement des dirigeants de cette chaîne à passer outre les engagements pris devant l’autorité de tutelle ( voir Proche- Orient info du samedi 20 novembre ) , force nous est de constater la poursuite de l’offensive destinée à la diabolisation d’Israël, du sionisme, et par extension du Juif. Sans aucun doute, dans le projet géopolitique de la Vieille Europe, la couverture biaisée et déformée des évènements du Proche et du Moyen orient ne suffisait-elle plus. La chaîne Arte, avec la diffusion récente des Portes du soleil fut en ce sens précurseur.

Mais il fallait plus, beaucoup plus .

Il sera toujours temps, lorsque le mal sera établi, je veux dire par là, lorsque celui-ci aura élu domicile dans notre paysage audiovisuel, lorsque ce mal aura été banalisé, au même titre que le climat anti juif dans lequel notre pays s’ensevelit, de crier au loup, d’avancer les mêmes justificatifs et une semblable mauvaise foi que ce que nous avons déjà connu ces dernières années. Le mal est là, parabolique.

Le public attendu du spectacle judéophobe répondra présent, n’en doutons pas.

Nous ne manquons pas, en cette terre de France trahie, d’esprits, de cerveaux devrais-je dire, collaborationnistes.

Si d’aucuns, hier, souhaitaient la victoire de l’Allemagne nazie, d’autres aujourd’hui, souhaitent la victoire de l’Islamisme.

L’exorcisme du mal européen, de la faute européenne issue de la seconde guerre mondiale passe par la figure obligée du Juif bourreau. L’empressement des foules à s’emparer de cette figure là, sans trop la questionner, sans trop rechercher ce qui est enfoui sous cette fabrication d’images, de commentaires, de messages propagandistes, crée le malaise. Il y a là comme une promesse inattendue qui se réalise, un nouvel évangile écrit spécialement pour les générations d’après guerre, dépositaires du lourd tribut de leurs aînés…

Gageons que la diffusion d’Al Manar, couvrant le territoire européen, sous la responsabilité de la France, via les infrastructures françaises nécessaires à celle-ci , ne devrait pas décevoir cette attente.

Mais il est opportun de convoquer le second témoin :

Extrait de 1984 - George Orwell :

Le programme des Deux Minutes de la Haine variait d’un jour à l’autre, mais il n’y en avait pas dans lequel Goldstein ne fût la principale figure. Il était le traître fondamental, le premier profanateur de la pureté du Parti…

Le diaphragme de Winston s’était contracté. Il ne pouvait voir le visage de Goldstein sans éprouver un pénible mélange d’émotions. C’était un mince visage de Juif, largement auréolé de cheveux blancs vaporeux, qui portait une barbiche en forme de bouc, un visage intelligent et pourtant méprisable par quelque chose qui lui était propre, avec une sorte de sottise sénile dans le long nez mince sur lequel, près de l’extrémité, était perchée une paire de lunettes. Ce visage ressemblait à celui d’un mouton et la voix, elle aussi, était du genre bêlant….Par ailleurs, voir Goldstein, ou même penser à lui, produisait automatiquement la crainte et la colère. …. A la seconde minute, la Haine tourna au délire. Les gens sautaient sur place et criaient de toutes leurs forces pour s’efforcer de couvrir le bêlement affolant qui venait de l’écran….La fille brune qui était derrière Winston criait : Cochon ! Cochon ! Cochon ! - Elle saisit un lourd dictionnaire novlangue et le lança sur l’écran…

Dans un moment de lucidité, Winston se vit criant avec les autres et frappant violemment du talon contre les barreaux de sa chaise. L’horrible, dans ces Deux Minutes de la Haine était, non qu’on fût obligé d’y jouer un rôle, mais que l’on ne pouvait, au contraire, éviter de s’y joindre. Au bout de trente secondes, toute feinte, toute dérobade devenait inutile. Une hideuse extase, faite de frayeur et de ressentiment, vous gagnait.

L’ignorance, c’est la force.

Gageons qu’en terre d’extase, les programmes d’Al Manar en raviront plus d’un. Des barres de HLM aux faubourgs chics des cités, une même haine dirigée, de type sloganique, s’emparera des foyers. Les foules, c’est bien connu, n’aiment pas la complexité. Et sans doute éprouveront-elles à leur tour, dans cet apport nouveau d’images et de sons, dans les soaps opéras de l’Islamisme du Hezbollah, la félicité que procurent les certitudes. Nous savons trop combien, déjà, le médium télévisuel est exploité dans la guerre de représentation du moyen-orient, surtout lorsque l’Etat d’Israël est en jeu. J’écris bien l’Etat et non la conduite d’une politique. Car , du Hezbollah et autres officines politico-religieuses, ne peuvent émaner que des intentions éradicatrices, absolues, non négociables. Ces mouvements et les populations qui les soutiennent n’apprécient rien tant que l’ignorance. L’ignorance c’est la force. Et tant pis pour les dégâts collatéraux qui s’ensuivent dans nos cités. La Haine anti-juive a désormais un futur assuré.

La liberté, c’est l’esclavage.

Nous savons combien, également, les forces de l’Islamisme et de leurs alliés occidentaux ont en horreur la liberté telle que nous la concevons dans nos démocraties. Nous savons aussi combien la modernité (j’entends par là les valeurs d’émancipation véhiculées par les outils de communication globaux) s’invite au sein des sociétés qui jusqu’alors étaient parvenues à maintenir les murs des prisons mentales dans lesquelles leur population stagnaient. Le projet de réislamisation des communautés maghrébines, en Europe, porté par l’UOIF et autres acteurs médiatisés, ne vise pas un autre but que de soustraire ces ouailles potentielles, ce cheptel disponible - car c’est ainsi, sans aucun doute, que ceux que nous dénonçons pensent et perçoivent ces communautés - à l’influence pernicieuse des démocraties, au concept d’équité universelle entre femmes et hommes, au concept de liberté, d’être, de penser, et de dire.

Une course de vitesse est engagée. Pour autant, plus que la victoire de l’un ou de l’autre camp, dans cette guerre qui ne se dit pas, le pire, pour nos démocraties, et je pense en particulier à la nôtre, dans sa laïcité menacée, son vivre ensemble malmené, le pire donc, ne serait-il pas à attendre du côté d’une cohabitation entrevue par certains, appuyée par d’autres, et dont une personnalité politique de premier plan, qui jouera son avenir en 2007, est prête à s’emparer.

Chirac, en son temps, usa de la fracture sociale pour parvenir au sommet de l’Etat ( et en son temps fut relayé dans l’activisme, ceci dans un jeu d’appui implicite, par l’association Droit au Logement et ses satellites.

Son postulant invoquera, soyons en certains, la fracture laïque, s’appuyant sur d’autres activismes, sinon les mêmes, pour parvenir aux mêmes fins.

Dans les antichambres du pouvoir se profile déjà le fantôme de nos libertés.


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