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Irène Némirowsky : des mots qui blessent

par le Professeur David Ruzié *

mardi 23 novembre 2004
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Il y a une quinzaine de jours, le prix Renaudot était décerné, pour la première fois, à titre posthume, en l’occurrence à Irène Némirowsky, pour son livre Suite française paru chez Denoël

La singularité de ce fait fut d’autant plus remarquée qu’Irène Nemirowsky arrêtée, en juillet 1942, par des gendarmes français, fut déportée et mourut à Auschwitz (comme son mari, Michel Epstein, arrêté, quelques semaines plus tard).

Même le journal Haaretz a rendu compte de cet événement.

Mais, si nous avons tenu à revenir sur celui-ci c’est qu’à la lecture de l’ouvrage, dont la publication est due à sa fille Denise Epstein qui, âgée seulement de 13 ans à l’époque, s’enfuit, en emportant le manuscrit de sa mère, il y a des mots qui blessent.

Nous laisserons à d’autres le soin de se prononcer sur la valeur indéniable de la Suite française, à la fois sur le plan littéraire et sur le plan historique.

Toutefois, ce que nous estimons devoir regretter, sur le plan de la désinformation, c’est le fait que, pour l’opinion publique, Irène Némirowsky semble apparaître comme une victime parmi les autres de la barbarie nazie à l’égard des Juifs.

Sur la jaquette du livre, il est indiqué qu’Irène Némirowsky était « d’origine juive ».

Cette formule lapidaire ne précise pas qu’en février 1939 Irène Némirowsky décida de se convertir, avec ses deux filles, au catholicisme.

Ce n’est évidemment pas ce fait qui nous paraît choquant, car nous respectons la liberté de chacun de choisir sa voie.

Mais, il faut savoir - et ce point est très bien mis en valeur par Myriam Anissimov, dans son excellente préface - qu’Irène Némirowsky, qui de 1940 à 1942, publia des nouvelles dans le journal antisémite Gringoire, fit preuve, dans les écrits publiés de son vivant, d’une « haine à soi-même » (p. 14).

Myriam Anissimov rappelle qu’Irène Némirowsky fit « siens toutes sortes de préjugés antisémites » et on est atterré à la lecture des « traits spécifiques prêtés aux Juifs » par l’auteur et énumérés par la préfacière (ibid).

On comprend mieux alors - et on ne peut qu’en être davantage choqué - que dans une lettre adressée à l’ambassadeur allemand à Paris, Otto Abetz, en vue d’obtenir la libération de sa femme (p.421), le mari d’Irène Némirowsky écrit que « bien que ma femme soit de race juive, elle y parle des juifs sans aucune tendresse » (« italiqué » par nous).

Non content de se vanter de la collaboration de sa femme à Gringoire, « dont le directeur…. n’a certainement jamais été favorable ni aux juifs, ni aux communistes », Michel Epstein termine sa lettre en écrivant : « il me paraît injuste et illogique que les Allemands fassent emprisonner une femme qui, bien que d’origine juive n’a - tous ses livres le prouvent - aucune sympathie ni pour le judaïsme ni pour le régime bolchévique (« italiqués » par nous).

Toutes choses égales par ailleurs, nous estimons que la récompense accordée à Irène Némirowsky constitue une gifle à l’égard de la communauté juive, au même titre que la béatification, en 1987, d’Edith Stein, présentée par le Pape comme une « remarquable fille d’Israël ».

Et, encore, d’après certaines biographies, Edith Stein, convertie, en 1922, aurait, elle, tenté, au printemps 1933, d’obtenir une audience du Pape pour lui demander de prendre position, officiellement, contre la montée de l’antisémitisme.

Irène Némirowsky, au contraire, se range plutôt dans la catégorie de ceux qui, à l’instar de la philosophe Simone Weil, se sont illustrés (sic) par leur « haine de soi ».

On peut se demander si l’acte de piété filiale, incontestable, de Denise Epstein, qui entend se situer « sur les traces de ma mère et de mon père » et entend faire œuvre de « mémoire à transmettre » en insistant sur le « drame de l’intolérance » n’est pas, pour la communauté juive, un acte de provocation.


David Ruzié, professeur émérite des universités.


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