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Enjeux et significations de la réélection de George W. Bush

Par Guy Millière © Metula News Agency

dimanche 14 novembre 2004
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La réélection de George Bush a constitué un traumatisme profond pour l’essentiel des journalistes et des hommes politiques en France.

Certains, lors de la nuit où les résultats ont été annoncés, se sont carrément effondrés en larmes. Les publications du week-end ont été envahies d’éditoriaux inquiets : L’administration Bush II pourrait-elle être pire que l’administration Bush I ? George Bush ne risque-t-il pas de se sentir conforté et légitimé dans ses idées ? Que signifie cette effroyable emprise de l’Amérique profonde sur l’Amérique entière ? D’aucuns, comme Emmanuel Todd, prévoient déjà le repli sur soi et la chute finale d’une Amérique rance et rétrécie. D’autres parlent de « victoire de la peur ». Je reçois beaucoup de mails agressifs, ayant analysé les raisons pour lesquelles Bush allait être réélu dans mon dernier livre ; je dois sans doute y être pour quelque chose, et faute de pouvoir taper sur Bush autant taper sur moi.

Tout cela ne me donne pas la sensation que les pseudo penseurs français, qui n’ont visiblement rien compris au film depuis quatre ans, vont comprendre davantage au cours des mois et des années à venir. Tout cela pressent, au contraire, que la France va continuer à glisser vers un trépignement schizophrène, que ses politiciens, à de rares exceptions près - je citerai ici Alain Madelin et Nicolas Sarkozy - vont continuer plus que jamais à rêver d’Europe-puissance-à-même-de-damer-le-pion-aux-Etats-Unis. Que ses journalistes, à de rares exceptions près aussi - aucun nom ne me vient à l’esprit - vont continuer à s’effrayer de la remontée du christianisme, tout en ayant, face à l’islam radical, l’attitude du chien crevé glissant au fil de la rivière.

Loin de ce trépignement, si l’on passe aux choses sérieuses, on peut essayer, au-delà des fantasmes, de discerner qui sont les gagnants et les perdants de l’élection présidentielle américaine, et ce que seront ses conséquences pour le moyen terme.

Commençons par les perdants

Je placerai dans cette catégorie, outre Kerry et Edwards, l’ensemble du Parti Démocrate : Les Démocrates ont, de fait, en perdant cette élection, tout perdu ou presque. Les Républicains détiennent la Maison Blanche, une majorité accrue dans les deux chambres du Congrès et leur nombre va s’accroître à la Cour Suprême, qui devrait être d’orientation « conservatrice » pour les vingt à trente ans à venir. Le Parti Démocrate perd du terrain de façon très nette chez les hispaniques, chez les juifs et, de façon plus atténuée, chez les afro-américains. Il est le parti des bobos des grandes villes, des universitaires, des journalistes branchés et des gens du showbiz. Mais il a perdu le contact avec le peuple américain qui n’a ni les mêmes valeurs morales que lui ni la même vision de l’Amérique. S’il entend ne pas être durablement minoritaire, il lui faudra se réformer de fond en comble et encore, en urgence.

Il y a, dans la catégorie des perdants, aussi, des milliardaires tels George Soros, qui ont cru qu’une élection américaine pouvait s’acheter avec de gros chèques et quelques spots publicitaires, basés sur l’apparition de stars tel Bruce Springsteen. Ces stars, qui ont à leur tour pensé pouvoir influencer politiquement les gens qui assistent à leurs concerts et ont oublié qu’ils ne sont pas des politologues.

Dans le panier de la déroute on retrouve également une bonne partie des journalistes des mass médias américains qui, en montrant de façon trop ostensible leurs penchants politiques et en se révélant prêts à utiliser des faux grossiers, tels Dan Rather, ont perdu de leur crédibilité au profit de médias alternatifs tels que Fox-news, Newsmax ou des émissions de talk show animées par des poids lourds tels que Rush Limbaugh ou Sean Hannity.

A l’étranger, appartiennent à la catégorie des perdants les réseaux Al Qaida bien entendu. La tentative d’influer sur le vote par le biais d’une cassette vidéo sur laquelle s’exprimait Ben Laden n’a pas eu le résultat escompté. De plus, un attentat aux Etats-Unis avant l’élection aurait soudé davantage encore le peuple américain autour de Bush. Le discours de Ben Laden, demandant aux Américains de bien voter sous peine de représailles, ne pouvait que mener les Américains à lui désobéir ; les Américains ne sont pas ou ne sont plus des Européens. La guerre contre le terrorisme islamique va donc se poursuivre. Les trois quarts d’Al Qaida ont été mis hors d’état de nuire, le quart restant devrait disparaître au cours des quatre années à venir.

Dans la même catégorie des perdants : le fascisme islamique, qui a vraisemblablement désormais son avenir derrière lui, les dictatures et les ploutocraties résiduelles du monde arabo-musulman, le totalitarisme des mollahs en Iran et leur espoir de se sanctuariser grâce à l’arme atomique. Et enfin : le couple franco-allemand et en particulier l’espoir de la France de jouer un rôle prépondérant dans l’Europe qui se construit ; l’Autorité Palestinienne, qui espérait le retour d’un Démocrate à la Maison Blanche pour voir renaître les illusions d’Oslo, pour disposer d’un gouvernement américain à même de coopérer avec l’Onu aux fins de faire pression sur Israël et d’obtenir un démantèlement de la barrière de sécurité, permettant le retour aux assassinats-collectifs.

Les gagnants maintenant

Outre Bush et la sauvegarde de la puissance des Etats-Unis d’Amérique - je parle ici des membres de l’armée américaine : comment aurait-il pu être possible d’expliquer à des soldats que leur commandant en chef s’est trouvé désavoué au profit de quelqu’un qui leur dit qu’ils mènent la mauvaise guerre, de la mauvaise façon, au mauvais endroit ? - Les soldats américains se trouvent ainsi confortés dans leurs missions et à même de les mener à bien plus efficacement.

Je parlerai aussi de tous ceux qui comptent sur l’Amérique pour voir la démocratie croître dans leur pays : Hamid Karzai, le premier président démocratiquement élu du nouvel Afghanistan et au-delà de lui, le peuple afghan tout entier. Iyad Allawi, Premier Ministre d’un Irak délivré d’une dictature abominable et le peuple irakien qui, en son immense majorité, se prépare aux premières élections libres de son histoire et espère la fin du terrorisme. Les principaux opposants aux dictatures arabo-musulmanes : ainsi le Président Michel Aoun et Samy al Khoury, les Libanais, Farid Ghadri le Syrien, prêts à jouer leur rôle de réformateurs dans leurs pays, dès que ce sera possible et qui brûlent d’impatience pour le faire.

Parmi les gagnants, je situerai aussi le peuple iranien, qui en a profondément assez de la dictature criminelle et arriérée, créée voici un quart de siècle par l’ayatollah Khomeini. Le peuple israélien, bien sûr, qui voit grandir ses chances de pouvoir vivre enfin en paix et en sécurité, car Bush, cela doit être dit, est le premier président américain à avoir explicitement compris ce qu’implique la paix et la sécurité pour Israël : Pouvoir disposer de frontières compatibles avec les impératifs de la défense nationale et ne plus se voir objecter l’argument du « droit au retour ». Je l’ai déjà souligné, mais je le dis à nouveau : Israël n’a jamais eu de meilleur allié à la Maison Blanche que George W. Bush. La disparition d’Arafat, la construction de la barrière de protection, le fait que Bush laisse et laissera les mains libres aux Israéliens pour avancer vers le règlement de la situation qui leur semblera le meilleur, le fait que Bush opposera son veto à toute résolution de l’Onu qui serait défavorable à Israël, le fait qu’il fasse preuve de vigilance et de fermeté face aux espoirs nucléaires des mollah iraniens, le fait, enfin, qu’il voie la région en termes de changements de régimes en direction de la modération et de la démocratie, tout cela constitue autant d’éléments qui incitent à l’optimisme.

J’irai même jusqu’à dire que les Palestiniens pourraient eux aussi venir, à moyen terme, se classer dans la catégorie de ceux qui gagnent à la réélection de Bush. Ne plus pouvoir espérer obtenir de gains par le biais d’attentats terroristes et d’incitations à la haine, le fait de se trouver entourés de régimes dictatoriaux chancelants, le fait de voir que les Etats-Unis campent sur une ligne de fermeté, tout cela va mener dans un premier temps à un sentiment de frustration exacerbée. Mais au bout de cette frustration, il y aura inéluctablement confrontation avec la réalité. Que peuvent faire les Palestiniens, s’ils ne peuvent plus rêver de détruire Israël ou s’il devient de plus en plus évident que ces rêves sont vains et stériles ? Essayer de vivre en harmonie ou pratiquer le suicide collectif ?

- Le suicide collectif n’est pas totalement à exclure, mais dans un contexte de progrès assistés dans le monde arabo-musulman, le choix d’une politique pragmatique et constructive n’est pas à exclure non plus. La disparition d’Arafat, au moment précis de la réélection de Bush, peut, en ce contexte, apparaître comme un signe : une page sanglante se tourne, le deuil d’illusions délétères doit se faire.

Les conséquences à moyen terme

Les Etats-Unis vont rester au cours des années à venir le pôle déterminant de la recomposition du monde en cours, et cette recomposition va se poursuivre. George W. Bush a placé au cœur de cette recomposition son « projet pour le grand Moyen-Orient » et tout indique qu’il s’y tiendra. Au cours des années à venir, toute une région du monde, qui va du Maroc au Pakistan, devrait se trouver changée, des sociétés raisonnables devraient éclore, l’islam militant devrait refluer. Israël devrait enfin connaître une paix durable. Les Etats-Unis feront tout, aussi, pour favoriser une Europe où les nouveaux entrants (la « nouvelle Europe », dixit Donald Rumsfeld) auront un poids plus important, favorisant les liens transatlantiques et l’unité de l’Occident au détriment de la « vieille Europe » franco-allemande.

La Russie continuera d’être traitée comme un partenaire stratégique important par les Etats-Unis, qui se montreront compréhensifs face à la nécessité pour Poutine de contenir la menace islamiste : Les événements abominables de Beslan ont eu une forte résonance chez les Républicains américains. La Chine restera sous surveillance, les liens avec l’Inde, le Japon et la Corée du Sud se trouveront renforcés. La Corée du Nord se trouvera placée sous une pression croissante aux fins que le régime change ou s’effondre. Tous les amis de la liberté et du droit ne peuvent que se réjouir de ce tableau d’ensemble, dont l’Afrique subsaharienne n’est certes pas exclue On oublie souvent de dire que l’administration Bush I a mis en place le plus vaste plan de lutte contre le Sida qui ait jamais vu le jour pour cette région du monde, et l’administration Bush II va sans aucun doute poursuivre l’effort entrepris. Faire reculer le sida en Afrique sub-saharienne est la condition de base pour qu’un espoir de développement puisse renaître. Cette condition de base est assurément l’une des priorités de George W. Bush.


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