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Je n’ai vraiment pas envie de rire

par Ilan Tsadik © Metula News Agency

vendredi 15 octobre 2004
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On est le mardi 5 octobre. Une jeune fille de 13 ans, Iman el-Haems, habitant le quartier de Tel Sultan (La colline du Sultan) à Rafah, vient de pénétrer la zone de sécurité qui longe la voie Philadelphie, les positions israéliennes et la frontière égyptienne.

Ce périmètre de sécurité - et je le connais bien - est bordé de grands panneaux, sur lesquels il est écrit, en arabe, en anglais et en hébreu : « Zone militaire interdite », « Danger », « Interdiction absolue de pénétrer » et encore « Frontière devant vous, passage interdit ». De plus, tout le monde, à Rafah, connaît le danger qu’il y a à s’approcher de la voie Philadelphie, les écriteaux sont même inutiles, ou alors, ils servent pour avertir les volontaires étrangers des organisations pseudo humanitaires, qui couvrent, sans s’en rendre compte, les pires trafics transitant par les tunnels.

A Rafah, c’est toujours la guerre, toujours autour de ces fameuses galeries, les « artères de l’Intifada », comme les appelle Yasser Arafat en privé. Les miliciens palestiniens continuent d’arroser les fortins de la ligne frontière à coups de Kalachnikov et de grenades anti-chars, afin de brouiller l’effet des appareils acoustiques, à la recherche des creusements de tunnels. De plus, ils essaient de placer des charges explosives sur la voie Philadelphie qui n’est pas goudronnée et qu’ils tentent de faire exploser au passage des engins blindés. Côté israélien, on n’est pas en reste. Dès qu’un tunnel est repéré, on monte une petite opération pour aller l’identifier, le faire sauter, essayer de récupérer des objets de contrebande, les terrassiers, les coûteux robots foreurs et les miliciens. Il arrive aussi que nous allions détruire un bâtiment, vide la plupart du temps, depuis lequel les miliciens prennent couvert pour nous tirer dessus.

Deux choses encore : La garde de la frontière internationale et de la voie Philadelphie est attribuée à Israël par tous les traités et toutes les conventions jamais signés. Que ce soit dans le traité de paix avec l’Egypte ou sur les accords d’Oslo avec l’Autorité palestinienne. Ces documents nous autorisent à transformer en périmètre de sécurité un espace entre deux et trois fois plus large que celui que nous occupons effectivement et qui figure en violet sur les cartes officielles. Si nous occupions toute la zone qui nous est impartie, il faudrait détruire des milliers de maisons habitées mais le percement des tunnels cesserait sans aucun doute (les taupes se situeraient trop loin de la frontière). Notre positionnement actuel n’est donc dicté uniquement par une considération humanitaire.

Deuxième remarque, qui remet les idées à leur place et qui définit les responsabilités globales à propos des vies perdues dans cette région : Tsahal n’a évidemment aucune visée sur Rafah ni sur ses habitants. Dans l’hypothèse où les hommes de Yasser Arafat sur place et leurs alliés des organisations terroristes cesseraient de creuser des tunnels et de nous tirer dessus, la voie Philadephie deviendrait aussi paisible que la frontière franco-belge.

Mais on n’en est pas là, malheureusement. Iman a franchi la ligne des panneaux et elle s’approche de la position de Girit. Elle tient à la main un épais cartable. Dans le fortin, les règles d’ouverture de feu sont claires, on ne peut laisser s’approcher aucun Palestinien des soldats. D’autant que les organisations terroristes ont souvent utilisé des enfants encore plus jeunes qu’Iman pour se faire sauter à proximité d’Israéliens, rappelez-vous d’Abdou et de sa ceinture explosive de 10 kilos arrimée autour du buste.

De Girit, les soldats vocifèrent, ils crient à Iman de s’éloigner mais elle ne les entend pas. A 70 mètres de la position, les militaires ouvrent le feu massivement sur le cartable, de crainte qu’il ne s’agisse d’une bombe. L’adolescente effrayée lâche son sac parterre et se met à courir. Les soldats d’une autre position s’aperçoivent alors qu’Iman est une enfant inoffensive, que son sac est rempli de livres et qu’il ne s’agit pas d’une milicienne-suicide, aussi, le hurlent-ils sur le réseau sans fil, afin de faire cesser les tirs. Mais il est trop tard, certains des projectiles ont atteint la jeune fille, qui s’écroule sur le sol, morte, ou sérieusement blessée.

Jusqu’à ce point de l’événement, avec toute la difficulté qu’il y a à le dire, les soldats de la division d’infanterie Givati ont agi selon les oraot le-ptikha be-esh, les règles très strictes conditionnant l’ouverture du feu. Iman est tombée, victime de sa curiosité et de la stupidité de la guerre ; elle a été authentiquement, il n’existe aucun doute à ce sujet, soupçonnée par les soldats d’être une bombe humaine. Le chef d’état major de l’armée israélienne, le général Buggy (Moshé) Yaalon, a déclaré dimanche devant le gouvernement que des terroristes [1] avait envoyé l’enfant en direction du fortin afin de divertir l’attention de ses occupants, pendant qu’ils se livraient à des attaques contre d’autre soldats. C’est possible, des personnes que j’ai interrogées ayant effectivement noté une activité ennemie à environ 400 mètres à l’est de Girit mais ce sera à l’enquête de le déterminer.

Ce qui suit, cependant, sort assurément des normes en vigueur dans Tsahal et jette un opprobre légitime sur la plus humaine des armées du monde. Selon les hommes de sa compagnie, l’officier, le capitaine R., sort d’un blindé situé en appui au pied de Girit. Laissant les autres soldats dans leurs positions, il se dirige vers le corps apparemment inanimé d’Iman et lui inflige le « coup de grâce », sous forme de deux balles de son fusil-mitrailleur, sous les bramées des soldats qui lui intiment de cesser. Puis, sans s’en soucier, il sélectionne le bouton de son arme sur « automatique » et déverse tout le contenu de son chargeur dans le corps et la tête de la jeune morte. Le médecin palestinien qui examinera la dépouille rapportera avoir compté 20 balles.

R. retourne à Girit où il a à faire face à une véritable révolte. « Tu es un malade, ça n’était qu’une gamine », lui hurle à la face un soldat. « Tu as souillé le nom de toute la division Givati, fils de … », explose un autre, « et tu fais passer tous ses soldats pour des bêtes de proie ! ».

Sur place, les militaires appellent par radio le commandement du secteur, l’informent des faits et font savoir qu’ils refusent de servir d’avantage sous les ordres de R. Un colonel arrive rapidement sur les lieux, Tsahal prend l’affaire au sérieux. Le procureur militaire principal, le colonel Avi Mandelblit est saisi, il ordonne l’ouverture immédiate d’une enquête de Métzakh, la branche criminelle de la police militaire.

Mardi soir, le commandement du front sud décide de retirer son affectation au capitaine R en attendant les résultats de l’enquête. R. réfute pour le moment les accusations portées contre lui et prétend à une cabbale montée par ses hommes. Dès cette semaine, le prévenu et les témoins ont commencé à être soumis au polygraphe.

La gravité de cet incident macabre a justifié pour la Ména de m’envoyer enquêter à Rafah, que je ne connais que trop. En retenant les accusations des soldats, R. est coupable de deux abominations, qui risquent fort de le mener devant une cour martiale : D’abord, le principe de « coup de grâce » n’existe pas dans l’armée israélienne. Selon nos procédures, le capitaine aurait dû vérifier l’état d’Iman el-Haems et appeler immédiatement les secours médicaux si elle donnait encore des signes de vie. C’est ainsi qu’on nous enseigne de traiter les civils, de même que les ennemis blessés, d’ailleurs.

Puis il y a cet arrosage du corps de la jeune fille… Cela, c’est un acte de bestialité indigne de la tradition de Tsahal et de notre peuple. Je n’ai pas eu vent de cas d’acharnement sur un cadavre dans l’histoire de notre armée et je témoigne que l’apparente haine frénétique des arabes - comment l’expliquer autrement - de la part de cet officier y est atypique. Je n’ai jamais rencontré d’officiers dans des compagnies de combat, qui nourrissaient une haine pathologique des Palestiniens et je m’attends à ce que l’enquête s’applique à expliquer comment, une ordure du genre de R., a réussi à passer tous les examens de caractère, qu’on nous fait subir à l’école d’officiers.

Certes, certains confrères reporters se sont rués sur cette affaire. Pour quelques uns, il s’agissait de montrer - au moment ou les enquêtes diverses sur le cas Mohamed Al-Dura progressent rapidement - que l’assassinat d’enfants palestiniens n’est pas un fait exceptionnel auprès des soldats israéliens. Bien sûr, on pourrait argumenter et montrer qu’il n’y a rien de commun entre les tirs ininterrompus de 15 soldats israéliens, que le seul témoin de France 2 accuse d’avoir visé Mohamed Al-Dura durant 45 minutes et l’acte bestial du prévenu R. On déduirait, de plus, de la réaction des soldats à Rafah, que le crime attribué aux hommes du commandant Farès à Netzarim est au contraire impossible dans cette armée.

Mais il y plus simple à faire, au vu des enquêtes minutieuses que nous avons déjà menées : Il suffit de constater que la conduite de l’officier R. à Rafah procède d’une véritable tragédie, alors que la mise en scène de l’assassinat de Mohamed à Netzarim consiste en une véritable imposture.
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Notes :
[1] Yaalon se trompe : Il ne s’agit pas de terroristes. Les terroristes sont des personnes armées qui s’attaquent systématiquement à des civils. Les personnes n’appartenant pas à une armée régulière s’attaquant à des soldats sont des miliciens.


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