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La noix de coco de Damas

Par Michaël Béhé à Beyrouth © Metula News Agency

dimanche 12 septembre 2004
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Le président Béchar al-Assad ressemble désormais à Charly Chaplin dans « Les temps modernes », quand le vagabond s’était fait prendre le bout de ses habits dans l’engrenage d’une machine infernale. Cette situation, assez inconfortable, amène la dictature alaouite de Damas à multiplier les initiatives tous azimuts, ce qui me fait immanquablement penser à une noix de coco : Dure à l’extérieur et toute molle à l’intérieur

Dure, vis-à-vis de ses vassaux libanais, au point de faire dire à sa marionnette en chef à Beyrouth : « Le Liban ne cèdera pas aux pressions internationales. Il gardera le cap en coordination totale avec la Syrie ». Et Emile Lahoud, de répéter le poncif idiot, selon lequel le Conseil de Sécurité, en adoptant la résolution 1559, se trouve sous l’influence d’Israël ; Israël, qui chercherait, par tous les moyens, à déstabiliser notre pays (exemple par ailleurs de stabilité, Nda).

Les Libanais sont honteux, surtout les députés, qui auraient subi des pressions insupportables de la part des agents syriens, aux fins de voter la décomposition de notre constitution et peut-être, du même coup, celle du Liban. La seule entité à jurer, dans le concert de réprobations, national et international, c’est l’Autonomie Palestinienne et son leader, l’emmuré vif, Yasser Arafat. Ce dernier a envoyé à Baabda une délégation afin de transmettre à son Altesse Baudruche Premier une lettre de félicitations pour la prorogation de son mandat présidentiel de trois années supplémentaires. Pas rancunier Arafat, ou touchant le fond du pot de mélasse, puisque l’ordonnateur de cette mesure, hautement anticonstitutionnelle et anti-libanaise, n’est autre que l’Etat qui le considère comme « le fils de 60’000 pultes » [1] et qui ne manque pas une occasion de le répéter tout haut.

A Baabda, on a aussi vu l’ambassadeur de Grande Bretagne, son Excellence James Watt, amener un peu de lumière dans l’asservissement ténébreux du roi Baudruche, en lui rappelant que les « pressions internationales », auxquelles il se gausse de résister, sont en fait une résolution opérationnelle du Conseil de Sécurité, et que, sur les bords de la Tamise, on était très attaché au strict respect des injonctions de cet organisme.

Dur, dur et toujours très décidé, Emilius Syrianus, même après que Mgr. Nasrallah Sfeïr, le patriarche maronite, ait justifié jeudi, à son nez et à sa barbe, la résolution 1559, en précisant que « Si l’ONU s’est mêlée des affaires libanaises, c’est pour mettre fin à une autre ingérence ».


Lahoud, le serf, al-Assad, l’occupant, les deux parties de la noix de coco

S’il en est un qui ne prend pas Baabda pour le siège de la présidence libanaise et qui évite de perdre son temps avec des répondeurs automatiques, c’est le Secrétaire d’Etat adjoint William Burns. Son avion est passé sur Beyrouth sans lui arracher le moindre regard, tant il était pressé de rencontrer le vrai patron du Liban. A Damas.

Les discussions ont eu lieu hier, samedi. Burns a répété à l’apprenti dictateur al-Assad II, qu’il devait retirer ses dégénérés de notre sol et nous laisser mener nos affaires tout seuls. L’envoyé de Bush ajoutant : « Nous voulons maintenant voir la Syrie passer à l’acte et résoudre ses différents problèmes », allant jusqu’à préciser que « c’était pour son bien et pour la stabilité de la région ». Traduit du diplomatique, ça fait : « Son, si tu ne veux pas qu’on te fasse ta fête, comme au cousin Saddam, tire tes »s« du Liban, fait arrêter les terroristes que tu entretiens, ne laisse personne aller prêter main forte aux décapiteurs d’Irak et fais-nous voir tes sites d’armes de destruction massive, avant qu’on ne s’invite nous-mêmes ! »

Comme nous avons pris l’habitude de le constater, les Assad sont courageux, lorsqu’il s’agit de piller un pays sans défenses, mais pas téméraires, au point de tenir tête aux armées turque, israélienne et surtout pas aux Yankees. « Son » a ainsi montré l’intérieur de la noix de coco à Burns ; il paraît même, qu’on pouvait y enfoncer le doigt comme dans de la Tahine. Ce qui a fait dire à des accompagnateurs de l’envoyé spécial de Bush, au sortir de leur entretien avec l’Héritier, que « les deux pays s’étaient entendus sur des sujets relatifs à l’Irak. Les USA et les Syriens ont même adopté la création d’un mécanisme conjoint de surveillance de la frontière entre la Syrie et l’Irak, histoire d’empêcher les terroristes de venir grossir les rangs des rebelles islamistes, en passant par chez Béchar et par… chez nous. »

A Beyrouth, tout début d’entente entre l’Amérique et nos oppresseurs nous fait craindre le pire. Et le pire, c’est la continuation de l’occupation de nos forêts de cèdres. 30 ans, ça commence à faire… C’est l’histoire, qui nous a rendus schizophrènes, chers lecteurs ; on se rappelle ici comment Bush père avait reconduit pour 10 ans, par accord tacite, le bail de nos tourmenteurs, en échange de la participation de la Syrie à la première guerre du Golfe. Bon, hier, William Burns a réussi le tour de force de faire dire au tyran ès ophtalmologie que « La Syrie ne resterait pas au Liban pour toujours ».

Mais rien n’ondule plus qu’un dictateur alaouite lorsqu’il est ferré… Martin Indyk, l’ancien ambassadeur U.S à Tel Aviv, a lui aussi rencontré al-Assad la semaine dernière. Indyk témoigne que Damas est prête à engager des pourparlers de paix avec Israël sans conditions préalables. Quelques jours auparavant, les Syriens avaient fait savoir publiquement de leur « nouvel état d’esprit ». Le ministre israélien des Affaires Etrangères, le grand ami d’Ilan, avait répondu, emprunté, « qu’il fallait d’abord que Damas s’occupe du terrorisme ! ». A quoi Béchar a fait répondre : « Nous sommes prêts à trouver également une solution à ce problème et nous serons flexibles quant à la définition des lignes de démarcation d’avant juin 67 ».

Supplice de Tantale pour les diplomates israéliens, sur l’air d’Annie Cordy « Je voudrais bien, mais je peux point… ». C’est pas commode parfois d’être les alliés des Américains et cette fois, c’est niet de la part de Washington : Pas question de parler à Assad, tant qu’il ne se sera pas plié à La loi sur la responsabilité syrienne et sur la restauration de la souveraineté libanaise ainsi qu’à la résolution 1559 qui en découle. Pas question pour Jérusalem de faire la paix avec la Syrie, tant que le problème des Américains en Irak n’est pas réglé.

Pour une fois, je me trouve en désaccord absolu avec Ilan Tsadik, le champion hors catégorie pour les dîners organisés par Thierry Lhermitte et ses copains, c’est Baudruche Premier. J’en ai longuement parlé avec le père d’Ilan et il partage mon point de vue : Les Israéliens, contrairement à ce que raconte Emile Lahoud, sont intéressés à la stabilité du Liban. Intéressés, au point de ne pas être dérangés par l’occupation de notre pays par les hordes alaouites. L’explication de Jean Tsadik : « Au moins les Israéliens possèdent dans les Syriens des responsables aisément punissables en cas de recrudescence du terrorisme islamique. Avec les Syriens maîtres du Liban, il suffit de leur faire les gros yeux pour faire taire le Hezbollah. Sans eux, il faudrait peut-être refaire la police nous-mêmes et ça, c’est un des cauchemars de l’état-major de Sharon. De plus », nous dit ce grand expert en stratégie régionale, « les stratèges doutent de la capacité du Liban à redevenir un pays homogène ; homogène, au point d’être capable de rasséréner les diverses formations terroristes qui y font florès ».

En d’autres mots, moins « stratégiquement corrects », nous ne sommes déjà presque plus un pays et nous payons peut-être ainsi notre apathie au moment de la présence israélienne (puis américaine, française, italienne etc.), dans les années 80. Puis, pour compléter l’analyse de Jean Tsadik, que je suis bien forcé de partager, que ce soient les Israéliens, les Américains ou les Européens, tous comprennent bien qu’ils ont à faire une espèce de choix entre la népotie moyenâgeuse des alaouites et les islamistes intégristes. Il n’existe, objectivement, aucune autre force capable d’assumer le pouvoir en Syrie. Est-il vraiment nécessaire que j’illustre ce propos avec les événements d’Irak ?

Encore, toujours d’un point de vue stratégique, mieux vaut pour tout le monde, sauf pour le Liban, construire l’avenir avec une minorité perpétuellement menacée par l’islam déferlant ; une minorité représentant 10% d’une population, de plus en plus demanderesse de synergies extérieures afin d’assurer sa survie. La clique des al-Assad a au moins saisi ce principe, qui fait d’elle « le moins mauvais partenaire possible » pour paraphraser l’écrivain Aldous Huxley. Dans ces conditions, le deal qui mettrait le dernier clou à notre cercueil, ce serait « le Golan aux Israéliens contre le Liban pour la Syrie ». Rien que d’y penser, ça me rend hystérique ! Surtout que les Alaouites ont également fini par appréhender que les Américains ne toucheraient jamais un cheveu d’un régime arabe vivant en paix avec Israël.

L’assurance vie dont ils rêvent, le radeau, la rive ! Voilà qui explique les ouvertures insistantes de la dictature damascène en direction de Jérusalem. Et le Golan ne représente pour la Syrie rien d’indispensable, en termes absolus. On peut donc s’attendre à ce que Béchar al-Assad fasse de plus en plus de signes en direction des Israéliens, au fur et à mesure que les sanctions pleuvront. Un ami de la Ména, membre du Sérail - ils sont décidément partout ! - a entendu parler de la gestation d’une proposition de Béchar « d’aller prier à la Mosquée Al-Aksa », à moins que ce ne soit à la Knesset. Drôles de pratiques, dans les deux cas, pour un Alaouite ? Notre ami a même entendu citer le « Plan Juffa », pour une solution hybride du problème dans le Golan. C’était en présence de légumes de l’armée des al-Assad et ça s’est terminé par : « Il ne faut négliger aucune hypothèse ! »

S’accrocher à l’espoir américain ou à la légendaire bêtise des Alaouite (qui finit toujours par tout faire sauter), c’est tout ce qui nous reste. C’est ce qui reste aux habitants d’un pays à l’entrée duquel on a écrit « A vendre » à moins que ça n’était déjà « Liquidation générale ! ».

Notes

[1] Il ne s’agit pas d’une faute d’orthographe mais de l’expression de la pudeur libanaise. Il n’y a pas non plus de « l » dans « pudeur ». Prononcé pour la 1ère fois par le ministre de la Défense (ex-Chef d’état-major) syrien d’alors, Mustapha Tlass, le 2 août 1998.


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