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Droit et terrorisme : comment une Europe fatiguée s’évertue à retrouver le sommeil

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mardi 13 juillet 2004
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Le jugement de la Cour internationale de justice concernant la barrière de séparation israélienne a été acclamé sur l’ensemble du continent. Il ne fait hélas que confirmer le refus toujours plus désespéré en Europe d’admettre la transformation du monde et d’y faire face.

Sans surprise, la presque totalité des juges composant la Cour internationale de justice (CIJ) saisie de la barrière de séparation en cours de construction par Israël ont rendu un verdict négatif, jugeant illégale cette protection et appelant à son démantèlement ainsi qu’au versement d’indemnités aux propriétaires et habitants palestiniens lésés. A la différence de la Cour suprême israélienne, c’est donc le principe même d’une séparation physique - et non son tracé - qui ont fait l’objet du jugement. Lequel constitue un acte politique qui tente d’entraver l’action d’un Gouvernement démocratiquement élu et soutenu par une majorité d’Israéliens.

Même si les jugements de la CIJ n’ont en soi aucun effet contraignant, ils peuvent fonder une résolution du Conseil de sécurité. En niant explicitement à Israël le droit à l’autodéfense selon l’article 51 de la Charte des Nations Unies, sous le prétexte que les violences subies ne sont pas le fait d’un État étranger et qu’elles proviennent d’un territoire sur lequel Israël exerce son
contrôle, les juges de La Haye ont tout simplement fermé les yeux sur la menace du terrorisme contemporain - sa dimension asymétrique, ses racines culturelles ou encore son financement transnational. Que cette interprétation aveugle d’un droit périmé ait été saluée en Europe ne fait somme toute que traduire les illusions qui embrument notre continent.

Le culte de l’inaction d’une Europe fatiguée

Comme c’est désormais la règle pour les thèmes stratégiques, les commentateurs ont été unanimes à approuver le verdict de la CIJ, n’hésitant pas à y voir une « victoire éthique » et insinuant parfois qu’il est temps pour Ariel Sharon de céder la place aux travaillistes. Les réactions outrées des Israéliens, pour lesquels la barrière de sécurité est une protection logique contre les attaques terroristes qui menacent leur existence, n’ont que rarement fait l’objet d’un encadré. De toute évidence, une population libre de s’exprimer et de critiquer a bien moins de légitimité que des juges élus par l’Assemblée générale de l’ONU, dont le caractère non démocratique de nombreux membres reste une constante.

Mais les Européens se trompent lourdement s’ils imaginent que les leçons de morale émises au sein des institutions supranationales auront le moindre effet sur la majorité des Israéliens. Au contraire, les considérations passéistes de la CIJ et la énième mouture du vieux mensonge selon lequel le terrorisme palestinien serait provoqué par l’occupation israélienne ne font que renforcer
le discrédit de ces élites pour lesquelles l’ONU et ses subdivisions sont par définition l’expression du Bien. Que les premiers tronçons de la barrière aient permis une diminution drastique des attentats et donc sauvé des vies n’est pas un facteur digne d’être pris en considération. Laissez donc à vos assassins le droit de circuler librement, voilà le bon mot de la Cour !

Cet épisode tragi-comique souligne à quel point les Européens s’accrochent encore au monde parallèle qu’ils ont créé de toutes pièces à la fin de la guerre froide. Dans cette réalité alternative, la barrière de séparation israélienne devient un mur de l’apartheid, mais l’interdiction faite aux Juifs de fouler des terres musulmanes n’indigne personne ; le camp de Guantanamo et ses 600 détenus souvent capturés l’arme à la main incarnent l’injustice suprême, et non les goulags nord-coréens où 200’000 personnes crèvent en silence ; le procès de Saddam Hussein n’est qu’une mascarade de justice, mais le laisser au pouvoir ne troublait guère les chancelleries ; les sévices infligés à Abu Ghraib sont une barbarie absolue, et non les décapitations rituelles des islamistes ; et ainsi de suite au fil des distorsions et des opinions transformées en faits, avec les « documentaires » de Michael Moore, le « massacre » de Jénine ou encore la « résistance acharnée » de la population irakienne.

Contrairement à ce que l’on affirme souvent, les Européens ne sont pas rebutés par le simplisme consistant à séparer le Bien du Mal ; il se trouve simplement que le Mal est incarné à leurs yeux par l’Amérique de Bush et l’Israël de Sharon, car ceux-ci ne respectent plus les règles acceptées par leurs prédécesseurs et sanctifiées sur le continent. Le vrai crime de Bush et de Sharon, c’est qu’ils osent agir sans passer sous les fourches caudines des institutions internationales et des élites dénationalisées que celles-ci ont générées ; agir face au terrorisme fondamentaliste et montrer son vrai visage au lieu d’expliquer son existence par des disparités économiques toujours plus imaginaires ; agir de manière décisive en utilisant des Forces armées que ces élites méprisent et refusent d’engager, fut-ce pour sauver des vies.

Au-delà de tous les louanges pour la concertation, la négociation ou la pré-vention,il demeure le triste fait que l’Europe n’agit pas et réprouve ceux qui ne suivent pas son exemple. On ne fait rien pour arrêter le nettoyage ethnique au Darfour, bien qu’il ait déjà fait plus de 10’000 morts, et la France s’est même opposée à sanctionner le régime de Khartoum.On ne fait rien pour empêcher le nettoyage ethnique inversé et progressif que connaît aujourd’hui le Kosovo, où les soldats de la KFOR n’ont aucune marge de manoeuvre.On ne fait rien pour aider la population irakienne malgré deux résolutions unanimes du Conseil de sécurité. De toute manière, on n’a rien fait pour le Rwanda ou la Bosnie. Comment des pays qui ont laissé crever 11’700 civils - dont 1500 enfants - à Sarajevo pendant un siège de 4 ans peuvent encore parler de morale reste d’ailleurs un mystère.

Mais l’Europe ne se décide pas davantage à agir de manière décisive face à l’islamisme conquérant qui se répand sur son sol.En France, les Renseignements généraux ont récemment mis en garde le Gouvernement quant à la situation explosive que connaissent certains quartiers dont la population est à majorité immigrée ; le fait que ces annonces n’aient pas immédiatement été accusées de racisme montre certes une évolution positive. En Allemagne, les services de renseignement ont dénombré 24 groupes islamistes actifs sur leur territoire, et ont estimé que 3000 musulmans - sur les 3,45 millions que compte le pays - étaient prêts à commettre des attaques terroristes. Mais les Gouvernements ne mesurent toujours par la vraie dimension de cette menace.

Aux Etats-Unis, on emploie souvent l’appellation « du 10 septembre » ou « du 12 septembre » pour exprimer une différence de conception : la première considère que les services de police et la loi pénale sont des armes suffi-santes pour lutter contre le terrorisme, alors que la seconde a vu dans les attaques de New York et Washington la preuve d’une nouvelle guerre qui exige l’emploi de la coercition armée. L’Europe a du mal à choisir entre les deux : elle envoie discrètement ses forces spéciales participer à la traque d’Oussama Ben Laden, augmente les échanges entre ses services de renseignements et s’intéresse aux prédicateurs qui répandent une propagande extrémiste ; mais elle abandonne par avance l’initiative, refuse un engagement offensif de ses armées et nie la guerre que les islamistes ont déclaré à l’Occident.

Il est assez pathétique de mesurer les causes de cette négation. Les Européens s’accrochent désespérément au monde d’avant le 11 septembre, à ses icônes internationales, à son apparence de stabilité. Dans un monde en pleine révolution, et rares sont les révolutions à ne pas être sanglantes, on s’évertue à maintenir le statu quo, à préserver des acquis sanctifiés, à rechercher une normalité perdue. L’Europe agit comme un homme fatigué, réveillé en sursaut et avide de se rendormir. C’est pourquoi il est si tentant de faire de Bush la source de tous les maux : une haine aussi consensuelle évite toute remise en question et offre l’illusion que l’après-Bush signifie le retour au passé,sans tous ces attentats, ces menaces et ces proliférations.

Mais imputer tous les torts aux Etats-Unis ne pourra pas être perpétué des années durant. Croire que les Américains ont ouvert la boite de Pandore en renversant le régime de Saddam Hussein témoigne d’un aveuglement stratégique - et d’une méconnaissance historique - inquiétante pour les intellectuels qui s’en font l’écho. Il ne sera pas toujours possible de mandater des juges et de leur conférer une aura morale inexistante pour faire les choix politiques que l’on redoute : tôt ou tard,l’Europe devra développer une stratégie d’ensemble pour ce siècle et accepter de répondre aux défis idéologiques, démographiques et économiques qu’il implique. A moins de se rendormir et de prendre définitivement congé d’une l’histoire trop lourde à porter - et d’un monde trop imparfait pour ses rêveries.


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