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La symétrie injurieuse

Michel Darmon, Ingénieur général du Génie maritime, président de France-Israël - Alliance Général Koenig

mercredi 25 juin 2003
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L’antijudaïsme qui se déchaîne depuis des années en milieu arabo-musulman, spécialement au Proche-Orient, plus particulièrement dans les territoires sous autorité palestinienne, est sans conteste le plus virulent que le monde ait connu depuis l’antijudaïsme de l’Allemagne hitlérienne, dans les années qui ont précédé l’extermination des juifs. Il le dépasse même par son caractère obsessionnel, comme si les dirigeants en cause, les médias, les enseignants n’avaient pas de messages plus importants que la haine d’Israël et des juifs dans leur ensemble à adresser à leur peuple, enfants compris.

Effectivement, ils n’en ont pas d’autres. Aujourd’hui comme hier, il s’agit, pour ces dirigeants, de détourner sur les juifs et sur Israël la colère des populations qu’ils oppriment et maintiennent dans la misère. Quand le discours public, des émissions de télévision aux manuels scolaires, incite à tuer les juifs, ce sont des générations d’adultes barbares, terroristes en puissance, que façonnent les dictatures arabo-islamiques.

Cet antijudaïsme meurtrier est une donnée majeure de la situation au Proche-Orient. Autre donnée majeure, bien plus grave : les grandes consciences politiques et morales du monde libre ne le condamnent pas haut et fort. Les diplomaties européennes, et particulièrement la nôtre, déculpabilisent même les coupables en invoquant de prétendues frustrations et humiliations des masses arabes. Une façon de faire retomber sur Israël (dont ces masses arabes ignorent en général tout) la responsabilité du conflit israélo-arabe. En cultivant les délires arabes au lieu de les calmer, l’Europe est un des principaux agents de conflictualisation et d’instabilité au Proche-Orient. Elle ne peut s’étonner d’avoir été tenue à l’écart du sommet de Charm-el-Cheikh, le 3 juin.

Dans cette Europe comme au Proche-Orient, les forces ne manquent pas qui ont pour objectif la disparition de l’État d’Israël et, pour le moins, la fin de la souveraineté israélienne sur Jérusalem. Selon l’aveu même de dirigeants arabes, à commencer par Arafat quand il s’exprime dans sa langue, le conflit israélo-arabe (et non seulement israélo-palestinien) ne repose pas sur des problèmes de frontières, ni sur les présences juives en Cisjordanie. Le refus d’Israël est d’ordre existentiel.

Henry Kissinger, grand connaisseur en géopolitique du Proche-Orient, vient d’écrire : « ... les Palestiniens ne se divisent pas en de prétendus extrémistes et ceux qui aspirent à la paix... Au contraire, le clivage fondamental oppose ceux qui veulent aboutir à la destruction d’Israël en poursuivant la lutte actuelle et ceux qui estiment que, dans l’immédiat, la conclusion d’un accord est la meilleure stratégie pour rallier les forces nécessaires à cette fin ».

A quoi peut conduire, dans ces conditions, un plan de paix conçu dans les bureaux des grandes administrations du Quartette (États-Unis, Union européenne, Fédération de Russie, Nations-Unies), dès lors qu’elles ignorent le constat d’un Kissinger ou feignent de l’ignorer ?

Il y a, dans la fameuse « feuille de route », des mots qui invitent « toutes les institutions officielles palestiniennes à mettre fin à l’incitation à la violence contre Israël ». Le mot officielles, mis ici en gras, est fondamental, car il reconnaît le fait que l’enseignement de la haine a constitué un choix politique officiel de l’Autorité palestinienne. Mais la « feuille de route » comporte aussi une invitation exactement symétrique à l’intention d’Israël. Cette symétrie fait injure à la vérité. Elle fait injure à Israël qui n’a jamais pratiqué une politique d’État enseignant la haine à qui que ce fût. C’est pourquoi il importait de rappeler cette donnée majeure que constitue l’antijudaïsme proche-oriental.

Cette symétrie abusive a des raisons : il ne faut faire aux dirigeants arabes aucun reproche qu’on ne fasse aussi à Israël ; il faut faire oublier leurs guerres d’agression, leur recours ou leur soutien au terrorisme, leur propagande fondée sur la haine ; il faut symétriser à tout prix les positions au départ des négociations, quitte à les fausser dans l’oeuf. Il faut prendre au sérieux les pions que les Arabes n’avancent que pour des raisons tactiques, les sachant a priori inacceptables pour Israël, le retour (qui n’en est pas un) de 3,7 millions de réfugiés par exemple. Les diplomates pensent peut-être que l’intérêt de la paix dans le monde passe par des malices de ce niveau, et c’est ainsi que, trop souvent, ils mettent les peuples en péril. Sans surprise, cette clause des réfugiés, radicalement mortifère pour Israël, a été massivement repoussée, le 25 mai, par le gouvernement israélien, auquel il a fallu six heures de réunion pour accepter, avec quatorze réserves « constituant une ligne infranchissable », a dit Sharon, de jouer le jeu de la « feuille de route ».

Quoi qu’en ait dit le président Bush à Charm-el-Cheikh, rien, absolument rien, n’autorise à penser que la création d’un État palestinien mettra fin en profondeur à la haine et au terrorisme. Il est facile d’imaginer qu’un gouvernement palestinien ne s’interdira pas, quelles que soient ses promesses, de déclencher des hystéries revendicatives portant sur les dimensions de son État, sur l’absence de ressources, sur un problème d’eau, sur une communication Gaza-Cisjordanie ou autre couloir vers la mer... Alors, peut-être découvrira-t-on que la solution d’une fédération avec la Jordanie n’était pas absurde au point d’avoir dû disparaître, de façon d’ailleurs suspecte, de la table des négociateurs. Mais elle aurait privé la région d’un abcès de fixation qui, il faut le reconnaître, a bien servi les chantages politiques de la Ligue arabe, au prix des souffrances si largement instrumentalisées de la population palestinienne.

Les diplomates font aussi preuve de beaucoup de prétention en annonçant que « le but est un règlement définitif et complet du conflit israélo-palestinien d’ici à 2005 ». On voudrait y croire, mais dès lors qu’il faut du temps pour que passent ou évoluent des générations barbarisées, on peut craindre que la « feuille de route » rejoigne dans la poussière les plans Rogers, Tenet, Mitchell, etc., qui, eux aussi en leur temps, ont occupé le devant de la scène internationale.

Entorse à la fausse symétrie déjà dénoncée, l’Autorité palestinienne doit, aux termes de la « feuille de route », « réitérer le droit d’Israël à exister en paix et en sécurité », un droit qui n’est contesté à aucun autre État du monde. C’est une concession aussi forte que de reconnaître à un homme le droit de respirer. « Les États arabes, écrit Henry Kissinger, demandent à Israël de céder un territoire conquis, quelque chose de tangible donc, en échange de son droit même à l’existence, c’est-à-dire d’un acte révocable. » (1)

Le voeu le plus ardent que l’on puisse former est qu’on se soit ici trompé et, sait-on jamais, qu’il sorte du bon, du juste et du vrai, du courage aussi, d’un plan qui en contient si peu. Encore faudrait-il que les Palestiniens mettent un terme aux attentats comme ceux qui viennent encore de frapper, à Hébron, à Jérusalem, à Afoula... Il doit finir le temps où Israël doit payer pour vivre.

(1) La Nouvelle Puissance américaine, Henry Kissinger, Fayard, 2003.


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