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Il n’y a pas de question juive. Il y a seulement une question antisémite

(info # 010605/3 [analyse])

Par Gérard Huber, correspondant permanent à Paris (c) Metula News Agency

mercredi 7 mai 2003
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A l’occasion de la commémoration de l’Insurrection du Ghetto de Varsovie, j’avais exprimé mon souhait de voir tous ceux qui se vivent comme des héritiers symboliques de ce haut fait de résistance juive dialoguer sereinement, par-delà les différences qui les opposent quant à leur conception de la continuation de l’histoire du peuple juif. Je rappelais que le rôle d’Israël était nécessairement au centre de cette réflexion.

Je voudrais montrer que tout établissement d’un lien entre repli communautaire juif et refus de critiquer la politique d’Israël doit être interprété, aujourd’hui, comme une vaine tentative de salut par intériorisation et renversement du discours antisémite dans l’illusion de le maîtriser.

En effet, la constante de l’antisémitisme consiste :

A convaincre les Juifs qu’il existe une « question juive »,

  1. Que les Juifs sont toujours la cause première ou - en tout cas seconde - de leurs propres maux,
  1. Qu’ils ont les moyens de les réduire ou de les aggraver
  1. Qu’ils n’ont finalement qu’à s’en prendre à eux-mêmes, si l’antisémitisme existe ou se développe.

Dans un article qui se veut nuancé (in Libération : Les juifs, l’antisémitisme et Israël, 28 avril 2003), Michel Wievorka explique le « renouvellement » de l’antisémitisme par une double réprobation d’Israël : son existence est rejetée par le monde arabo-musulman, sa politique est contestée. Sa conclusion est sans appel : « de solution, Israël est devenu un problème pour les Juifs de la diaspora qui semblent avoir perdu tout esprit critique à son encontre - à moins qu’ils ne soient paralysés par la situation présente - ce qui apporte quelque fondement à l’amalgame antisémite de l’Etat hébreu et des Juifs en général ».

Voici donc un sociologue qui croit à la thèse selon laquelle les Juifs contribuent à un antisémitisme dont, cependant, il sait (il tient d’ailleurs à le dire) qu’ils ne sont pas responsables.

Le savoir cède donc devant la croyance. D’où l’auteur de préconiser une pseudo solution à l’antisémitisme : les Juifs peuvent le faire reculer, s’ils prennent de la distance avec la politique d’Israël devenu « non négociateur et purement guerrier ».

On imagine ce que cela signifie. Prenez les jeunes du mouvement sioniste Hashomer Hatzaïr. Ils ont été agressés physiquement à Paris par des antisémites, lors d’une manifestation contre la guerre en Irak. Or ils appartiennent à un mouvement de jeunesse pacifique, un de ces mouvements qui illustrent l’esprit d’un Israël négociateur dont Wievorka se déclare partisan. Selon sa logique, les agresseurs sont bien responsables de l’antisémitisme, mais Israël, devenu guerrier, est devenu responsable de ce retournement d’un antisémitisme violent contre la jeunesse juive pacifique. J’interprète ici la notion de « fondement à l’amalgame », et peut-être Wievorka contestera-t-il cette interprétation, mais on saisit ici le discours méta amalgameur (en abîme) que rend possible une première légitimation de l’amalgame.

Si, toutefois, vous avez des doutes sur le fait qu’une correction « orthopédique » de la politique d’Israël fasse disparaître l’antisémitisme, alors, parlant au nom de 500 signataires juifs d’un manifeste, Olivier Geburher et Pascal Lederer (in Il existe une autre voix juive, 5 mai 2003) sont là pour vous rappeler que ce changement ne serait effectivement pas suffisant.

En effet, pour eux, il ne suffit pas de critiquer « la politique de m. Sharon », et de délégitimer le CRIF, au prétexte qu’il n’est pas représentatif des Juifs de France, qu’il « qualifie d’antisémite quiconque » la critique et qu’il soutient « une politique nationaliste, une politique chauvine, une politique approuvée par les fascistes de France et d’Israël...qui légitime au nom du judaïsme la négation des droits d’un peuple ! »

Il faut encore délégitimer la représentativité d’Israël comme « dépositaire de la mémoire du génocide », au prétexte que cette affirmation est une « manipulation perverse des fibres les plus essentielles, les plus intimes, des convictions les plus profondes de dizaines de milliers de nos concitoyens juifs ».

Bref, faire reculer l’antisémitisme, voire dissoudre la « question juive » supposent d’affirmer un judaïsme qui, se dissociant de l’existence d’Israël, aspire « à un monde sans racisme, un monde de justice et de progrès, d’égalité des droits, de respect des droits des peuples ».

Ici, l’intériorisation et le retournement sont encore plus flagrants. Il ne tiennent pas tant dans l’analyse qui est faite de la politique d’Israël (car chacun peu penser ce qu’il veut de la politique de cet Etat) que dans le fait de lier judaïsme d’Israël (l’Etat juif) et racisme, injustice, obscurantisme, inégalité, irrespect des droits des peuples.

On imagine, là aussi, ce que ce raisonnement signifie. Prenez l’essor de l’antisémitisme en France, depuis octobre 2000. Des Juifs sont agressés physiquement par des antisémites (nos auteurs ne trouvent d’ailleurs pas utile de dénoncer cet état de fait dans leur article), et ce dans leur vie quotidienne. Or, ce sont des citoyens français qui, comme l’immense majorité des citoyens de ce pays, partagent les valeurs de la République, ces mêmes valeurs que Olivier Geburher et Pascal Lederer prétendent défendre. Mais, du fait que le CRIF donne à croire que « tout citoyen juif serait aussi israélien » et du fait qu’Israël est un Etat raciste, selon la logique de nos auteurs, c’est bien le Juif solidaire d’Israël qui est responsable de ce retournement d’un antisémitisme violent contre lui-même.

Dans Un Etat comme les autres ? (1965), Vladimir Jankélévitch écrivait : « Israël n’est pas simplement un Etat, et d’ailleurs aucun Etat n’est uniquement un Etat. Un Etat est aussi un phénomène moral et Israël plus qu’aucun autre est un phénomène moral, une chose mentale ».

Comme tout Etat, Israël a une politique. Que sa politique choque ou pas, cela provient de ce que cette politique est aussi un problème moral, voire mental. Le refuser, c’est dénier au peuple juif le fait d’avoir un Etat, ou exiger que la politique de cet Etat soit exempte de tout problème de conscience. C’est d’ailleurs ce qu’expliquait Jankélévitch, lorsqu’il affirmait qu’Israël « donne aux Juifs la conscience d’eux-mêmes ».

Cependant, au phénomène de « mauvaise conscience » (ne pas y être) qu’il décrivait, il convient d’ajouter désormais celui de la « bonne conscience » (soutenir tout ce qu’il entreprend), non sans décrire d’autres retournements tels qu’une « mauvaise conscience » devant ce qu’il entreprend et une « bonne conscience » du fait de ne pas en être solidaire.

Aboutir à la conclusion qu’Israël n’est pas la solution à l’antisémitisme, parce que son existence (Wievorka) ou son essence (Geburher et Lederer) contiennent analytiquement la suscitation de l’antisémitisme ne répond donc pas à la question posée. Il n’y a pas de question juive, il y a seulement une question antisémite. On commence à le comprendre, lorsqu’on cesse de confondre l’exercice de la critique avec la pratique du pharmakos.

P.-S.

Article publié en entier avec l’autorisation expresse de la Ména


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