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Le nouveau consensus national israélien

Barry Rubin - Jerusalem Post, Traduction : Marc Brzustowski.

jeudi 23 juillet 2009
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Ce pourrait être l’article le plus important que j’écrirai cette année. Israël est entré dans une nouvelle ère politique et une nouvelle façon de penser, dans laquelle les vieilles catégories de Gauche et de Droite, de faucon et de colombe n’ont plus cours, sous une gouvernance d’unité nationale menant ensemble ces deux ordres principaux de préoccupation des partis en présence.

Comment ce nouveau paradigme a t-il émergé ? Entre 1948 et 1992, le consensus disait que l’OLP et la plupart des Etats arabes voulaient détruire Israël. Quand –ou si- le jour arriverait où ils seraient vraiment prêts à négocier sérieusement, nous verrions bien ce qui se passerait.

Puis vint l’accord d’Oslo qui occasionna un grand bouleversement. La vision dominante fut que, peut-être les Palestiniens et les Arabes avaient suffisamment appris du coût de leur intransigeance pour faire que la paix devienne possible. La gauche pensait qu’un arrangement pouvait amener une paix réelle, la Droite, qu’il s’agissait d’un piège conduisant à une autre étape du conflit dans des termes moins favorables à Israël. Mais les deux partis espéraient qu’un arrangement se concrétiserait.

L’an 2000 et l’échec de Camp David, le rejet syrien et palestinien d’offres généreuses et le déclenchement de la seconde Intifada balayèrent ces illusions.

Depuis lors, le pays a cherché à tâtons un nouveau paradigme. Le Premier Ministre Ariel Sharon a offert l’unilatéralisme, le Premier Ministre Ehud Olmert et le Ministre des Affaires étrangères, Tsipi Livni ont constamment offert plus en l’échange de rien. Mais plus ils agissaient de la sorte, plus Israël subissait d’abus internationaux.

Actuellement, une nouvelle approche a finalement émergé, capable de renverser la situation. Tout se passe comme suit : Israël veut la paix, mais n’hésite pas à exprimer, non seulement ce qu’il veut et ce dont il a besoin, mais également les conditions requises pour créer une situation meilleure et stable. S’assurer que la violence et l’instabilité cesse réellement requiert :

· la reconnaissance d’Israël en tant qu’Etat Juif. Sans cette étape, la conséquence de tout accord de « paix » se traduirait par des décennies supplémentaires d’efforts arabes pour détruire Israël en totalité, comme s’appelant tel (« Israël ») de façon temporaire.

· une transparence absolue sur le fait qu’un traité de paix signifie la fin du conflit et de toutes revendications à l’égard d’Israël. Sans quoi, les dirigeants palestiniens et la majorité du monde arabe verraient tout accord de « paix » comme un chèque en blanc pour ouvrir une nouvelle phase de la bataille, en utilisant la Palestine pour renouveler les attaques et les exigences.

· Des arrangements solides de sécurité et des garanties internationales sérieuses les concernant. Sans aucun doute, cela sera t-il testé par les tentatives (ou leur absence) d’attaques palestiniennes transfrontalières.

· Un Etat palestinien non-militarisé (qui est une meilleure description que par le terme “démilitarisé”), comprenant les larges forces de sécurité dont il dispose déjà, suffisantes pour maintenir la sécurité intérieure et la légitime défense, mais pas pour une guerre d’agression.

· La réinstallation des réfugiés palestiniens en Palestine. L’exigence d’un « droit au retour » (NDLR : sur le territoire israélien) n’est qu’une rationalisation visant à rayer Israël de la carte, par le biais de la subversion et de la guerre civile.

Si Israël obtient ce qu’il demande –et ce que toute paix réussie requiert – il acceptera une solution à deux Etats, un Etat Palestinien arabo-musulman (selon la propre définition de l’autorité palestinienne) vivant en paix aux côtés d’un Etat Juif.

Une part déterminante de cette nouvelle conception consiste à comprendre que des frontières précises et le statut de Jérusalem, bien qu’importants, sont secondaires par rapport à ces problèmes fondamentaux. Si ces principes sont résolus, tout le reste en découle.

Cette nouvelle posture ne consiste pas à affirmer désespérément qu’Israël aspire à la paix, mais plutôt de dire : nous sommes sérieux, nous sommes prêts, nous ne sommes pas des naïfs, mais nous ne sommes pas non plus irréalistes. Nous voulons la paix en des termes réels, non plus juste des concessions unilatérales et des risques accrus sans gratification. Non pas jouer notre survie pour complaire aux autres. Pas, non plus, de célébration illusoire d’une solution à deux états tenant le temps d’une semaine, pour la voir ensuite produire un autre siècle de violence.

Est-ce vraiment une idée si brillante que de se précipiter à donner un état sans conditions sérieuses à un régime palestinien qui a échoué à gouverner de façon compétente ce dont il dispose déjà, (qui diffuse) des programmes télévisuels quotidiens d’incitation au meurtre des Juifs, qui est profondément corrompu, a d’ores et déjà perdu la moitié de son patrimoine face à un rival dont l’objectif est un nouveau génocide, mais dont le souhait le plus fervent est de fusionner avec ce rival et dont l’agenda est, purement et simplement, de faire en sorte que le monde fasse pression sur Israël afin qu’il lui donne tout ? La meilleure issue serait que ce programme soit atteint avec la coopération des Palestiniens. S’ils souffrent autant sous une prétendue occupation, s’ils sont à ce point désespérés dans l’attente de leur propre état, il n’y a rien dans cette offre qu’ils ne puissent accepter.

Si, cependant, ils préfèrent le rejectionnisme, en affichant leurs revendications les plus insensées, ceci est tout aussi acceptable. La vérité finirait alors par être connue : les Palestiniens et la majorité du monde arabe ne peuvent pas faire la paix avec Israël pour la seule bonne raison qu’ils ne veulent pas la paix avec Israël. Et ce, tout simplement, parce qu’ils ne veulent pas qu’Israël existe.

Les Juifs hors d’Israël devraient pouvoir se rallier autour d’un tel programme, laissant de côté les vieux conflits, aussi bien ceux les plus enthousiasmés par l’aspiration à la paix, que ceux les plus préoccupés par les problèmes de sécurité. La même chose vaut également pour les autres pays et ceux qui sont bien intentionnés, qui veulent voir une situation stratégique plus en accord aussi bien avec leurs propres intérêts qu’en fonction de considérations humanitaires.

Dans ce contexte, il n’y a pas de notion plus puérile et trompeuse que celle supposant que le gouvernement d’Israël a édifié un programme épousant une solution à deux états à cause des exigences ou des pressions américaines. C’est pourtant une interprétation qui prend consistance à l’extérieur sans comprendre la situation du pays, son expérience et son large consensus national.

Une seconde conception que rejette ce nouveau paradigme est l’argument selon lequel Israël est si puissant qu’il peut se permettre de donner sans recevoir ou si faible qu’il ne puisse pas faire autrement. Aussi fausse est la conception selon laquelle le temps joue contre Israël, une société vibrante et forte, entourée de voisins affaiblis et désorganisés. La situation stratégique s’est considérablement améliorée au cours des dernières décennies. Il s’agit d’une société forte, confiante en elle-même, visiblement à la hauteur du défi de son environnement économique et technique moderne.

Finalement, cette nouvelle politique fusionne ensemble l’approche conservatrice – ses propres suspicions et attentes de sécurité et de réciprocité – et l’approche libérale – sa propre préparation au compromis et son désir de paix véritable – en un seul lot.

Ces deux composantes sont désormais coïncidentes dans la conscience de la très large majorité des Israéliens.

Un nouveau consensus a émergé, solide et durable.


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