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Ilan, va en paix

Serge Benattar

samedi 18 juillet 2009
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Ilan, quand donc vas-tu trouver le repos ? Si à chaque fois que ton nom est prononcé une infime étincelle montait vers toi, ce serait aujourd’hui des faisceaux de lumière qui t’envelopperaient tant ton nom est sur toutes les lèvres, dans tous les écrits. Mais as-tu besoin de cette effervescence pour rayonner ?

Ton âme brille déjà auprès des justes, et c’est suffisant pour que tu puisses enfin te diriger définitivement vers les cieux sans être encore obligé de toujours te retourner vers ton passé. Va, va en paix, même si nous devons ici mener encore bataille pour que la sentence soit à la hauteur de ta souffrance.

Nos combats ne sont plus les tiens. Va, et retrouve enfin cette éternelle sérénité, celle que tu es en droit d’exiger, sans te soucier de ce qui pourrait nous arriver. Nous pensions qu’il y aurait un temps pour tout. Un temps pour pleurer, pour se révolter, pour juger, et enfin pour s’apaiser. Mais les hommes en ont décidé autrement.

La justice a manqué le dernier rendez-vous. On l’attendait depuis tant d’années, elle s’est à peine dévoilée pour s’en retourner sans montrer son vrai visage, celui qui aurait pu un tant soit peu nous consoler. Cette justice n’a pas su, ou voulu, s’attarder plus longtemps dans le regard de ta maman, Ruth. Que de lassitude et de souffrance y aurait-elle vues ? Tu connais, mieux que quiconque ta mère, elle ne réclamait pas vengeance, seulement l’équité de la sentence.

Mais la justice ne sait plus lire dans les yeux, ne sait plus écouter les silences. Quel poids ont-ils face aux paroles de repentance des bourreaux qui apitoient et réclament la clémence ? Elle a choisi l’indulgence. Cette justice n’a pas été totalement présente à l’appel, et le parquet a fait appel.

Tout est donc à recommencer, ou presque. Ilan, va en paix. N’attends plus ces attendus de procès, tu ne pourrais qu’en être déçu. Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis sceptique, qu’est-ce qui serait bénéfique dans ces nouvelles batailles juridiques ? Comment ce qui fut à huis clos sera dorénavant public ? Ce que l’on nous a refusé pour des raisons d’éthique, comment l’obtiendrons-nous dans cette seconde réplique ?

Ta mémoire ne sera que polémiques, ton souvenir un enjeu politique. Dans ce charivari, on finira par oublier ta fin tragique. Tu sais, ici, rien n’a beaucoup changé. Des voix commencent à s’élever contre cet appel. Les unes sont nuancées, les autres plus explicites. Voilà que resurgit le spectre du lobby juif, des pressions communautarismes. La violence antisémite verbale va prendre le pas sur celle qui a mis fin à tes jours.

Avions-nous encore besoin de cela ? Les langues se délient : « Encore et toujours ces juifs, jamais contents. Ils veulent toujours plus ». Oui, je sais, nous ne savons rien de ce que nous obtiendrons de ce remake de procès. Nous serons peut-être déçus de nos attentes. Tout au plus quelques broutilles, un ou plusieurs mois supplémentaires pour certains, le risque d’allègements de peines pour les autres. Mais Ilan, au nom de tes souffrances, au nom de tes cris de douleur que personne n’a entendus, pas même le voisin de palier, nous n’avions pas le droit de nous taire. Les jurés, la voix du peuple, par leur clémence, ont banalisé l’antisémitisme. Leur sentence aurait pu être exemplaire, elle fut arbitraire. Tu n’étais pas une victime ordinaire. C’est parce que tu étais juif, qu’ils furent à ce point sanguinaires. Ce qui fut la cause première, pour ce jury populaire, n’a été que secondaire. Ilan, toi, va en paix. Laisse-nous nous débattre et combattre pour que les peines prononcées contre les auteurs de ton calvaire soient exemplaires. Mais ceux qui seront le plus à plaindre seront ta mère et toute ta famille. Ils devront encore et encore témoigner, écouter tes tortionnaires et leurs acolytes, être face à eux et croiser leurs regards, vivre et revivre les récits de tes souffrances. Ils auront beau être accompagnés et soutenus, ils seront ô combien seuls avec leurs souvenirs, et durant toutes ces nuits où tes cris les hantent. Qui de nous pourra les assurer de leur constante présence ? Qui pourra jurer de ne pas les oublier lorsque l’actualité aura d’autres priorités ? Qui pourra imaginer ce que sera encore et toujours leur quotidien ? Leur affliction est toujours là. Ils vivent, ou plutôt, ils survivent avec. Ilan, toi qui es, à ne plus en douter, près des justes, trouve le moyen que tu veux, que tu peux, pour dire à Ruth, ta mère, qu’elle cesse de se torturer à force de porter tes blessures dans sa chair. Elle se sent toujours coupable de ne pas avoir pu te sauver. Et cette responsabilité nous la portons tous plus ou moins en nous. Trois ans déjà que tu nous as quittés, trois ans que la douleur ne s’est pas atténuée pour ceux qui te sont chers. Ilan, va en paix. Ilan, fais en sorte que ta famille trouve enfin la sérénité pour les aider dans ces combats qu’ils devront à nouveau affronter. Intertitre : « La justice ne sait plus lire dans les yeux, ne sait plus écouter les silences. Quel poids ont-ils face aux paroles de repentance des bourreaux qui apitoient et réclament la clémence ? Elle a choisi l’indulgence. Cette justice n’a pas été totalement présente à l’appel, et le parquet a fait appel. Tout est donc à recommencer, ou presque ».


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