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Enfant du terrorisme

De Yigal Sereneh, paru le 16 mars dans le journal Yedioth Aharonot

jeudi 1er avril 2004
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Les soldats ont fait asseoir l’enfant dans la partie arrière de la jeep de l’armée. « Un homme m’a demandé de faire passer son sac de l’autre côté. Ce sac n’est pas à moi » nous a dit l’enfant avant de se taire.

Il avait à peu près 10 ans, l’âge de ma fille. Un enfant frêle, avec un bonnet de laine, de ces enfants du camp de réfugiés de Balata situé à proximité qui travaillent au barrage, qui pour un shekel ou deux font passer des sacs et des paquets des deux côtés pour les personnes ou les chauffeurs qui n’ont pas le droit de passer. Un enfant de barrage. Une de ces activités qui naissent dans ces endroits où la vie a été suspendue. Comme cet homme qui vend du café à ceux qui font la queue.

Hier, un homme arrivé au barrage de Hawara en provenance de Naplouse a demandé à cet enfant de porter un ou deux sacs de l’autre côté, en direction du carrefour de Tapouah, vers Israël. Nous faisions la queue à côté de lui quand un soldat est arrivé pour le mener à un interrogatoire. Il l’a pris comme on aide un enfant à traverser la rue. « L’enfant est naïf » a dit l’officier « il ne savait pas ce qu’on lui donnait. » Le photographe Shaoul Golan et moi-même sommes arrivés là-bas en courant du village voisin où nous étions toute la journée pour préparer un reportage sur les enfants utilisés comme des bombes humaines. L’enfant au sac piégé est apparu juste comme pour nous en donner un exemple vivant.

L’enfant était arrivé une heure auparavant avec le sac au poste où les policières fouillent chaque Palestinien qui passe de Naplouse en direction du carrefour de Tapouah. Le sac a paru particulièrement lourd à Morane, la jeune policière de Beer-Sheva. Elle l’a ouvert et y a vu quelque chose. Cela lui paraissait « comme des fils blancs » cachés sous des jouets et des vêtements. Et c’est là qu’a commencé tout le branle-bas de combat du barrage. Il s’agit en fait du but même du barrage, de toute sa raison d’être. Le sac est resté à côté du poste de la soldate et de l’appareil de fouille corporelle. Tout s’est vidé. Les voitures, les soldats, les centaines de personnes qui faisaient la queue. Comme les spectateurs d’un film muet, tous se sont postés des deux côtés du barrage. Des centaines de Palestiniens regardaient le robot jaune qui rampait vers le sac pour l’inspecter. Derrière eux, les soldats ont bloqués les deux côtés de la route pour que personne ne puisse s’échapper. Deux artificiers de la police ont vérifié le sac à l’aide du robot. L’enfant était assis au fond de la jeep et contemplait la scène de ses yeux vides. Il avait l’air bizarre au milieu de l’agitation des adultes, comme si celle-ci ne le concernait absolument pas. Comme si on l’avait, à l’instant même, sorti de sa salle de classe.

« Que deux soldats l’emmènent pour qu’il identifie la personne qui lui a donné le sac » a ordonné Guy, le chef de bataillon. Les artificiers connectèrent les fils et observèrent de loin. Nous nous trouvions dans un champ plein de fleurs jaunes. Naplouse apparaissait dans l’horizon, Alon Moreh, Itamar, tous ces villages de la région qui ne connaissent pas un seul jour de répit. Barrages, détresse des habitants, combats.

« Baissez-vous ! » cria l’artificier. Tous, le chef de bataillon des parachutistes, les officiers et les policières se sont baissés dans le champ en floraison. Le monde a vacillé pendant une seconde. Une grande flamme s’est élevée du sac, un nuage de fumée, puis tout s’est éteint. Tout d’un coup, tout le monde a commencé à bouger comme sur un signal. La foule immense s’est rapprochée du barrage et les soldats ont crié en arabe « reculez, reculez ». A l’endroit de l’explosion, nous avons vu un cratère d’une profondeur de 20 cm plein de clous et, au-dessus, dispersés, des crayons de couleurs et des parties de vêtements. Ce qui aurait résulté par un massacre dans un autobus, s’est achevé à l’air libre par un trou dans l’asphalte qui se remplira rapidement de poussière et de saleté apportée par les personnes passant d’un côté à l’autre.

Lorsque nous nous sommes éloignés, l’enfant était assis dans la jeep à côté de l’inspecteur, comme s’il s’apprêtait à partir en classe verte.


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Ce Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française a pour thème, ’la montée des violences’. Ce thème aura toujours accompagné l’histoire de l’humanité. Violences politique, religieuse, sociale, économique, voire même discursive, les humains n’auront cessé de se faire violence, et ce même lorsqu’ils prétendaient l’éradiquer en cherchant à dispenser le bien. Cette relance du Colloque des Intellectuels Juifs de Langue Française apporte une attention toute particulière à ce qu’il convient de nommer une résurgence de la violence affectant aujourd’hui les communautés juives de France et d’Europe.


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