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Peuples opprimés, peuples enfants

Jean-Philippe Katz

vendredi 19 décembre 2008
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La trêve est terminée, nous dit le Hamas par le biais de multiples canaux. Cette information, au fond assez anecdotique, révèle cette posture occidentale de l’exigence de transparence couplée à une hémiplégie permanente.

En effet, l’exigence de transparence, de « vérité » diraient certains de ses apôtres, ne concerne que le groupe des pays occidentaux dont Israël est le poste oriental avancé, mieux, l’inspirateur caché. Je relevais que le Hamas par exemple s’exprime très souvent par plusieurs voix dispersées, qui à Gaza, qui à Damas, émanant de portes-parole différents, parfois de responsables, voire par le biais de communiqués de presse de groupes plus ou moins identifiés. S’interroger sur la crédibilité de la source n’a pas l’air d’inquiéter les médias occidentaux. En revanche chaque commentaire israélien ou américain sera émaillé de guillemets et de formules du type « d’après le gouvernement israélien… ».

La transparence touche le cœur même des démocraties occidentales dans le comportement de certains citoyens vis-à-vis de leur propre administration, on le voit ces dernière semaines où tous les hommes politiques israéliens donnent leur avis sur l’Iran, sa capacité nucléaire, les réactions à échafauder, portés par cette demande insatiable.

Dans le camp opposé, pas de sondages, pas de conférence de presse, pas d’articles.
L’occident traite avec Abbas malgré le doute issu des élections, comme si le Hamas était un mauvais moment à passer, magnanime face aux roquettes tirées sur Israël, ne manquant pas une occasion de rappeler qu’elles sont certainement les répliques aux interventions militaires israéliennes.

Pourquoi cette différence de traitement ? Pourquoi tolérer et passer sous silence des exécutions capitales sans réelle justice à Gaza et critiquer l’internement « d’activistes » palestiniens en Israël ? Pourquoi tolérer la persécution des homosexuels et des chrétiens à Gaza sans écrire une ligne sur le sujet et rédiger tant d’articles sur les « fondamentalistes » de Hébron ?

Une réponse pourrait être une forme de néo-colonialisme avancé. Les peuples palestiniens, iraniens, irakiens, ne seraient pas capables, intrinsèquement, de vivre en démocratie et dans le respect de certaines règles, donc on leur passe toutes leurs déviations, leurs accès de violence, comme on le ferait avec des enfants turbulents n’ayant pas été suffisamment à l’école.
Une certaine élite occidentale, au delà de sa détestation systématique des USA et du monde libéral, n’accorde même pas aux peuples soi disant opprimés la même conscience de soi qu’au peuple russe des années 1917. Car jamais il n’est question dans les médias occidentaux de pousser à la révolution intérieure, de renverser les potentats, de laisser entrer la lumière, non. Seule la lutte contre l’impérialo-sionisme vaut la peine d’être entreprise, seule issue à la misère entretenue des peuples proche orientaux (entretenue parce qu’inexplicable rationnellement au vu de la manne pétrolière).

Pardonner aux palestiniens leurs offenses, parce qu’ils ne savent pas ce qu’ils font, voilà le credo de l’intelligentsia actuelle. Peuple toujours en devenir, empêchés de grandir par une dictature impérialo-sioniste, quand bien même cet impérialisme quitte Gaza, le sud Liban, une partie de la Judée Samarie. L’impérialisme serait une maladie, sans influence de la géographie, et les palestiniens des convalescents permanents à qui on épargne toute émotion forte, à qui on parle comme le ferait le personnel d’une maison de retraite.

Si les groupes palestiniens, les groupes islamistes, les dirigeants iraniens ne sont pas des enfants de chœur, ce ne sont pas des enfants non plus. Ils doivent répondre de leurs actes, de leurs choix, de leurs agissements. Guantanamo n’est pas digne d’une démocratie d’aujourd’hui, c’est un fait établi. Mais où sont les prisons gazaouites ?


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