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Dans la dynamique de l’accident audiovisuel. Faute d’une autre manière de traiter l’information…

Par Gérard Huber, correspondant permanent à Paris © Metula News Agency

lundi 16 février 2004
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Dans Le Monde du 14 février, Daniel Psenny qualifie de « dérapage » l’annonce du « retrait » d’Alain Juppé de la vie politique qui a valu à France 2 d’être mise en demeure par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel, (le CSA), de respecter « son obligation de bonne information des téléspectateurs ».

Mais il écrit surtout que la décision du CSA « fait suite à l’annonce précipitée du » retrait « d’Alain Juppé ». Or le CSA ne reproche nullement à France 2 d’avoir annoncé de manière précipitée ce « retrait », il lui reproche d’avoir inventé le « retrait » comme information.

Car non seulement Alain Juppé ne se retire pas, mais nul ne sait quel sera le jugement en appel. En conséquence, il n’y a pas non plus d’annonce précipitée du « retrait » qui tienne. Le journaliste a confondu « précipitée » et « anticipée ». Tout comme France 2, et en se piquant pourtant d’une lecture de la sanction du CSA, il continue de fonctionner avec l’anticipation de la retraite politique de Juppé dans la tête.

La différence entre « précipitation » et « anticipation » est fondamentale. Les journalistes, comme quiconque, sont capables d’anticipation, surtout, lorsqu’ils ont une bonne connaissance des choses. Or c’est justement de cette anticipation qu’ils doivent humblement se garder, car elle peut être bonne ou mauvaise, et, de toutes les façons, elle ne correspond pas au déroulement de la réalité. Lorsqu’ils y cèdent, c’est-à-dire, lorsqu’ils refusent de patienter, lorsqu’ils refusent d’attendre de voir si l’événement se déroule ou pas, ils lui font perdre toute sa substance d’événement, puis, s’il arrive, ils lui donnent une signification qui, en aucune manière, ne peut correspondre exactement au sens dont il est porteur. Ils lui donnent une interprétation médiatique, c’est-à-dire correspondant à l’interprétation qu’ils s’en sont donnés, à un moment où cet événement n’existait pas.

Pour le dire autrement, lorsque le journaliste précipite l’interprétation qu’il anticipe, il se fait le commentateur de ce qui n’arrive pas. Il passe son temps à décrire la réalité comme un ensemble de faits qui ne correspondent en rien à celle que vivent les acteurs des événements, et, de manière générale, tous les lecteurs ou téléspectateurs.

En fait, « déraper », c’est-à-dire, précipiter une interprétation anticipée, c’est fonctionner par… accident. Or, un accident est un événement imprévu et soudain qui entraîne des dégâts et met en danger de blessure, d’invalidité, de mort, mais il n’a aucune vertu en lui-même. Par lui-même, c’est-à-dire considéré comme une simple donnée statistique, il apprend seulement à calculer ses effets à venir, et à espérer, s’il se reproduit, qu’ils seront moindres. En effet, l’accident n’est, par lui-même, jamais considéré comme essentiel, significatif, porteur d’une vérité qu’il faut analyser, dominer, afin qu’il ne se reproduise plus.

Le système médiatique n’admet pas que l’accident soit essentiel. C’est pourquoi il s’accoutume de « dérapages ». Mieux, il les « assume », c’est-à-dire qu’il les dissimule comme dérapages.

Jusqu’à ce qu’un jour une autorité rappelle à l’ordre le journal ou la chaîne qui les pratique et sanctionne.

C’est ainsi qu’en Grande-Bretagne, on a vu récemment le Président et le Directeur Général de la télévision publique donner leur démission, en présentant des excuses, pour avoir été « fautifs » de ne pas avoir vérifié ni leurs informations, ni la pertinence de leur source.

Mais, en France, les choses ne se passent pas comme en Grande-Bretagne.

Toutes choses égales, ce qui se passe dans les médias français est comparable à ce qui se passait, il y a encore peu, sur les routes. La quantité d’accidents est très élevée, mais personne ne fait rien, ou presque, parce que personne n’est prêt à assumer les conséquences de ce que signifierait une obligation de donne conduite.

La comparaison n’est pas que métaphorique. Il y va, dans un cas comme dans l’autre, des droits et des devoirs de chacun vis-à-vis de la liberté.

Lorsqu’on m’oblige à m’attacher, ma ceinture de sécurité me paraît contraignante, si je demeure dans une logique de l’accident. Si j’en sors, elle me paraît d’abord un désagrément, pour, finalement, quitter l’horizon de mes préoccupations. Est-elle justifiée ou non ?

De même, le journaliste qui demeure dans une logique de l’accident, et donc du dérapage contrôlé, pense que sa liberté d’opinion et d’expression est bridée, lorsqu’on applique à la lettre le code de déontologie ou la Charte d’éthique qui régissent la profession.

Parfois, même, il peut faire comme France 2, et se conformer à sa Charte d’éthique après l’accident, en espérant faire oublier qu’il ne s’y est pas conformé avant.

Mais le problème est de rompre avec cette logique, au moment même où l’on prépare la lecture d’un événement.

Les effets de cette logique médiatique sont aussi désastreux que ceux de la logique automobilistique de l’accident.

On ne compte plus les lecteurs ou les téléspectateurs qui se sentent atteints dans leur dignité d’être humain, parce qu’au nom d’une soi-disant droiture de l’outing, les médias racontent les événements judiciaires qui ont affaire avec leur vie quotidienne, sans se préoccuper d’une véritable éthique du langage.

Et il en est de même avec le traitement de la grande aventure de la vie.

Pour prendre un seul exemple, ainsi en est-il du bâclage des interrogations sur l’avenir du principe de l’humanité qui s’appuie sur une bouillie informationnelle concernant ce qu’on appelle le « clonage humain » confondu, récemment, avec une thérapie cellulaire dont on tait le nom.

En France, malgré les tentatives que nous avions faites avec Jean-Marie Cavada et Jean-Pierre Bertrand (in La Marche du Siècle) en 1991, il n’existe toujours pas de grandes émissions scientifiques audiovisuelles, au cours desquelles, prenant de la distance vis-à-vis des séductions et des effrois, les journalistes poseraient clairement les enjeux scientifiques et éthiques des développements de la technologie et de la science.

De la même manière, les chaînes parlementaires, pour nécessaires qu’elles soient, ne remplacent pas les grandes émissions audiovisuelles dont le contenu devrait être d’introduire les téléspectateurs aux conférences de consensus à la danoise, sur les grands sujets de société.

On ne compte plus, non plus, les lecteurs ou les téléspectateurs qui se sentent atteints dans leur dignité d’être juif, chrétien, musulman, athée…, parce que les médias reconstruisent à leur manière les événements qui ont affaire avec la rencontre des identités et le brassage des valeurs et des idées.

On le sait, en France, tout se termine toujours par une loi. Mais aucune loi ne remplace les débats. Comme les collèges et lycées ne peuvent être à la fois le lieu où se jouent la stricte application de la loi et, de manière contradictoire, une réflexion sur son utilité, il faut que la télévision participe de la construction des dialogues préalables. La télévision ne peut pas tout, mais elle peut.

La télévision publique (et cela ne lui est pas réservé) doit donc jouer un rôle éducatif de plus en plus affirmé, mais, elle ne peut y parvenir tant qu’elle ne rompt pas avec la logique de la précipitation de l’interprétation anticipée.

Cette condition n’est pas une tabula rasa. Il s’agit, certes, d’une mise à plat, mais pas d’un recommencement absolu. Si l’on ne veut pas que la télévision devienne, dans un avenir plus ou moins proche, le lieu d’un coup de balai des valeurs et des idées, le seul moyen est de se mettre à la tâche, et de trouver un nouveau souffle vers l’établissement de la vérité de l’information.


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